mardi 28 mars 2017

Non Assistance à Personne en Danger, Act of God, Non Compétence en Peuple Dangereux

Ça a été une vraie histoire d'horreur.
D'erreurs surtout. Multiples.

La première est celle de Daphné. Une erreur commune et courante. Elle est tombé amoureuse d'un garçon. Du plus mauvais des garçons. Le garçon était sujet à blackout. Le blackout est une zone de paralysie cérébrale qui laisse le cerveau être guidé par la simple pulsion physique et l'intensité d'une émotion compulsive. Mais Daphné s'en est rendu compte. Et a agi en conséquence.

La suite est le film d'horreur. Daphné réalise que le jeune homme n'est pas le bon garçon pour elle et explore d'autres potentielles avenues amoureuses (photo à droite). Elle n'a que 25 ans, rien n'est forcé d'être soudé si solidement. Le jeune homme se sent trahi, cocufié. Peut-être à raison. Ça importe assez peu. Mais le fiel qui naît de la situation est brutal. C'est là que le garçon tombe en blackout. Il publie sur Facebook sa haine de Daphné en vidéo. Deux fois. Il promet le mal. Le mal pour elle. Il lui souhaite tout le mal du monde. Et plus tard la harcèle et la pourchasse. L'attend dans le stationnement quand elle travaille. Lui fait peur, l'intimide. Ses amies disent que par le passé, quand ils étaient "amoureux", ce jeune homme la battait. Il en montre les signes. Elle les porte peut-être quelque part sur son corps, elle aussi, les signes. Conjecture. Elle fait ce qu'elle devait faire. Elle alerte la police. Chose à faire.

Elle tombait dans le vide à partir de ce moment, sans le savoir.

Rien ne se passera comme il se doit. L'enquête nous dira quoi. Et peut-être pas non plus.
La police protège toujours la police en premier.

Pas un, pas deux, pas trois, mais bien 4 policiers feront, tour à tour, des visites à Daphné et au garçon en blackout. Parmi les policiers, il y a au minimum une femme, elle comprendra peut-être mieux la menace d'un homme à l'égard d'une femme. Mais non, on éloigne le gars dans le stationnement de Daphné qui travaille dans le dépanneur et tout en reste là.  La violence est lancé dans les airs. Des erreurs de jugements de policiers seront peut-être dévoilées dans les enquêtes qui suivront. Conjectures encore.

"Va-t-il falloir que je meurs pour qu'ils fassent quelque chose?" dira Daphné à une collègue. Prophécie.

Oui, sera la triste réponse.
La violence retombe du ciel.

Deux heures plus loin, elle est assassinée par le jeune homme. Pendant qu'une policière fait un suivi à la mauvaise adresse un étage plus haut.

La question de Daphné lancée à une collègue nous traîne tous dans la tête comme un refrain hanté. Dans la tête des femmes encore plus. Dans la tête des 4 policiers impliqués...ou pas assez impliqués...

Les Hommes ont merdé ta vie, Daphnée.

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Une semaine avant, tempête infernale, (mais annoncée) sur le Québec. 8 morts. Mais aussi des congestions monstres. 13 heures sur la 13. Jamais le 13 n'aura honoré si bien sa réputation de mauvaise chance. Des gens sont restés plus de 12 heures dans leur voiture. Certains en panne d'essence, d'autres inquiets quand à leur survie. Tous assurément affamés et assoiffés. Un calvaire au sens propre.
Au bout de cette congestion des remorqueurs qui font fortune. Le ministère des Transports est en mode somnolence. Là où les commissions scolaires brillent (ils ont assuré le congé et la fermeture des classes pour le lendemain le soir même), le ministère des transports lésine un peu. Il lance...on ne sait trop quoi... dans les airs et attend de voir où et comment ça retombera. Personne n'aura le ok d'urgence pour déneiger la 13. Laissant le champs libre aux remorqueuses pour faire la piasse. Mais près de 2000$ le remorquage, c'est une fortune pour une entreprise de livraison qui ne roule pas sur l'or. Et comment s'assurer que les produits dans le camion ne soient pas perdus? Beaucoup beaucoup de choses en jeu pour les petites compagnies de livraison. Ce sont justement 5 camions qui bloquent (surtout) la 13 et forcent tout le monde à l'immobilisme. Mais des camions qui fonctionnent très bien. Seulement pas dans la route non déneigée de ceux qui comprennent mal la météo. Alors pourquoi payer une fortune, que sa compagnie ne peut probablement pas se permettre pour un Act of God (véritable responsable de la situation) anticipable ?
Et d'un autre côté, la météo se trompe souvent. On ne peut pas complètement reprocher au gouvernement de ne pas avoir cru le ciel.

J'ai beau essayer fortement d'en vouloir aux camionneurs qui ont refusé les remorques, je n'y arrive pas non plus. Je les comprends complètement. La première paralysie était celle du ministère des transports. Ils tenteront de trouver des coupables partout, mais le premier à viser c'est le ministère des transports même.

Responsable de toute une chorégraphie d'erreur ce soir-là. De jugement d'abord. De coordination ensuite.

Mais laissez tranquilles, ces braves camionneurs,
Les coupables sont ailleurs.
Probablement nulle part.
Comme Dieu devrait le rester.
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3 Questions d'Amérique du Centre:

Si Donald Trump ne convainc pas son congrès à majorité républicaine de quoi que ce soit, comment réussira-t-il à faire passer...quoi que ce soit...un jour?

Sa présidence, n'est-elle pas un peu comme si Homer Simpson héritait de l'argent de Mister Burns?

Combien d'idiots par jour fait naître sa présidence?


lundi 27 mars 2017

À La Recherche Du Temps Perdu****************The End of The Affair de Graham Greene

Lire c'est penser, prier, parler à un ami, l'écouter se confesser, exprimer ses idées, forger les siennes, écouter de la musique, suivre un rythme, vivre des moeurs, adverses ou nouvelles, découvrir de nouveaux angles, explorer de nouvelles lumières. Lire c'est marcher sur une plage de la vie s'ouvrant sur le monde et les gens qui le compose. Lire c'est apprendre la vie par les yeux, par la tête et le coeur. Lire c'est la vie des autres et la sienne aussi.

Chaque mois, vers la fin, je vous entretiens sur un livre dont l'auteur, le contenu ou le sujet m'ont bouleversé. Parfois les trois. J'essaie de vous dire pourquoi.

Je ne connais pas l'ennui ayant toujours un livre (ou deux, ou trois) en main. Lire, c'est un peu aussi mon métier.

Ça ressemble beaucoup à respirer.

THE END OF THE AFFAIR de GRAHAM GREENE.

Il a existé plusieurs Graham Greene. Il y a eu l'écrivain de thriller (The Third Man, 1949), l'entertainer (Our Man In Havana, 1958), le romancier de politique contemporaine (The Quiet American, 1955), le polémiste (The Comedians, 1966), le sérieux existentialiste religieux (The Power & The Glory, 1940). Tous ces Graham Greene méritent notre attention. The End of the Affair est particulier puisque, publié en 1951, il semble tracer la ligne entre ses romans plus "sérieux", et ses romans plus "divertissants". Il brouille aussi la piste du "roman" en soi, puisqu'il s'inspire de la vie de Greene, de l'adultère qu'il pratiquait avec Catherine Walston, ce qui place le livre dans l'autofiction.
On parle ici d'un romantisme plus ou moins sale. Greene était marié, avait une maîtresse depuis longtemps, et une amie prostituée qui l'aimait assez pour carrément l'appeler chez lui et prendre rendez-vous de temps à autre. Catherine Walston, pour sa part, était une séductrice consciencieuse qui avait à la fois une petite armée d'admirateurs, mais qui était aussi sous appel. Pendant les 4 ans de fréquentations au lit avec Graham Greene. elle a eu de sérieuses affaires avec un ministre du parti travailliste (avant de le marier), un général Étatsunien, un leader de l'IRA, tout en ayant une réserve de prêtres catholiques (au pluriel) qui acceptaient les confessions dans les draps. Tout en étant mariée au premier, bien entendu. Pourquoi se contenter des qualités d'un seul homme quand on peut avoir les atouts de tous les hommes ?

L'histoire d'adultère se situe à Clapham pendant le blitz (avant la guerre, Greene possédait une maison à Clapham). Maurice Bendrix, écrivain de deuxième ordre, veut écrire à propos d'un travailleur du gouvernement. En approchant le ministre travailliste qui est son voisin, il fait la rencontre de sa femme, vis-à-vis de laquelle il tombe follement empreint de désir et follement jaloux de l'autre. Ils ont une affaire et les huiles du moteur sont pour lui  la jalousie et pour elle, la culpabilité.
Quand Bendrix est presque tué par une bombe pendant le blitz (La maison de Greene avait été atteinte d'une bombe pendant le blitz), la maîtresse choisit alors de mettre un terme définitif à leur relation. Seulement rétrospectivement, le sens de ce geste incompréhensible pour Bendrix, cet acte de réjection, trouvera une explication.
Deux ans passent et le mari de la maîtresse, ignorant tout, approche Bendrix pour lui dire qu'il soupçonne que sa femme ait une affaire avec un autre homme. Intrigué par sa naïveté, le cocu engage même un détective sur le sujet. Greene stipule très tôt dans le livre qu'une histoire n'a ni de début, ni de fin.
Greene utilisera un soigneux mélange de retour en arrière. de flot de conscience et de narration conventionnelle pour raconter la suite. Il utilisera  même le journal de sa maîtresse pour tenter de comprendre et nous raconter ses états d'âmes à elle. Elle veut attraper la vérité comme on attraperait une maladie et en mourir. Le troisième homme, une figure récurrente dans toute l'oeuvre de Greene, se trouvera à être Dieu, lui-même. Sa maîtresse devenant ainsi une fiancée du christ. Cet élément de catholicisme n'a pas merveilleusement vieilli, mais le portrait d'amoureux passionné en temps de crise sociale majeure (la guerre) est tout simplement formidable.

L'intensité d'une guerre rivalise avec la violence intérieure d'une passion adultère dans ce roman.

Deux fois l'autofiction sur sa passion pour l'intouchable sera adaptée et tournée pour le cinéma.
4 ans après la sortie du livre, en 1955, avec Van Johnson, Deborah Kerr, John Mills et Peter Cushing.
Puis en 1999, mettant en vedette Ralph Fiennes, Julianne Moore, Stephen Rea et Ian Hart,
Réalisé par l'excellent Neil Jordan, celui-là.

Romantisme brutal et rendez-vous avec soi-même.
En cette ère de tricheurs, ce livre me semble toujours pertinent.

Brighton Rock (1938), The Confidential Agent (1939)
Greene était de toute les couleurs.
Toutes brillantes.

     


dimanche 26 mars 2017

Cartes Postales du Purgatoire

Aux nouvelles, on raconte l'histoire fameuse d'un homme/d'une femme qui marche 16, 17 ou 19 kilomètres par jour, sans se plaindre pour aller travailler. On présente l'histoire comme un exemple de bravoure et de résilience. Comme une belle histoire. On est ému avec innocence. On salue l'homme ou la femme.
Généralement, ça émeut quelqu'un à l'écoute qui tentera de réorganiser le désordre et qui lui offrira sa veille voiture ou du co-voiturage. Le gars sur la photo ici marchait 33 kilomètres par jour avant qu'un bon samaritain ne lui laisse sa vieille bagnole inutilisée.

Personne pour souligner toute les fois, que le travail marché, ne lui offrira jamais une telle chance. Personne pour souligner l'injustifiable débalancement de la situation.
On déguise l'horreur en moment magique.

C'est de la magie noire. C'est faire mourir l'Homme, petit à petit.

La banalisation de l'exploitation.
Comme la banalisation de la vérité avec Donald Trump.
Si celui-ci disait "La Corée du Nord nous tirera dessus demain avec leur arme nucléaire" le croiriez-vous?

Mais je m'égare. Les pelures de bananes sont partout. Les singes aussi.

Je veux encore vous parler de la seule certitude de la vie: La mort.

Dans une publicité sur le net aux États-Unis, à Chicago, pour la compagnie de partage routier, Lyft, une sorte de Uber local qui ne reconnait pas ses conducteurs comme des employés, mais comme des conducteurs volontaires, pour les soustraire aux dispositions des lois du travail, on a raconté, l'automne dernier l'histoire "touchante" de Mary.
Mary est conductrice et mentor de la compagnie Lyft. Après une journée de mentorat, 9 mois enceinte, elle choisit de prendre la route et de faire quelques voyages de gens souhaitant passer d'un endroit à un autre. Convaincue d'être loin de sa date d'accouchement prévue, elle prend un passager, puis un autre, puis un autre. Mais elle a commencé à avoir des contractions. Elle n'y a pas vraiment cru et est restée bravement chauffeuse en poste. Elle en a pris un dernier, Heureusement, dit la pub, les passagers n'avaient pas demandé de trop longs trajets et Mary a dû se rendre à l'hôpital après son dernier transport. Où, vous le devinez bien, on lui a confirmé que le travail avait commencé. Elle a accouché d'un merveilleux bébé, une petite fille, que l'on a vite habillée des couleurs de la compagnie Lyft pour une photo pour leur pub. (photo sur votre gauche)
"Avez-vous des histoires touchantes du genre à nous conter?" invite la pub en toute fin.

L'histoire de Mary est reçue de bien des manières. Pour certains, Mary est un exemple de dévouement et de courage, prendre des clients alors qu'on est en plein labeur maternel, et une manière formidable de faire un peu d'argent en tout temps et en toute circonstances!
Pour d'autres, c'est même excitant!

Mais c'est une histoire d'horreur. D'HORREUR.

La compagnie Lyft n'offre aucune assurance pour ses "conducteurs volontaires". Chaque voyage leur rapporte 11 dollars garantis. Pas plus. Mary a mis dans ses poches 44$ + son salaire de mentorat (probablement maigre)avant que sa fille ne naisse. Peut-être que Mary savait très bien qu'elle était en train d'accoucher, mais qu'elle avait davantage besoin du plus de 11$ possible. Mais peut-être aussi que Mary est une riche héritière qui ne fait ses voyages et court ses 11$ simplement par générosité et par pur altruisme, Pour se désennuyer.
Par dévouement.

Vraiment?...

Il faut être sérieusement déconnecté du monde réel et particulièrement tordu pour penser qu'une telle histoire ne mettra pas en lumière la précarité de la situation, le désespoir certain, et les conditions affreuses dans lesquelles certaines personnes sont forcées de se placer pour joindre les bouts, bien avant la beauté de la naissance de la petite fille commanditée. Que l'histoire soit vraie ou non. c'est à nouveau la banalisation d'une certaine noirceur. Est-ce bien ma planète?

Toujours aux États-Unis, une pub sur affiche cette fois. La compagnie Fiverr, une compagnie en ligne qui sollicite l'entrepreneurship pour parfois pas plus que 5$, a lancé sa campagne "in doers we trust".
Sur une affiche bien en vue à New York, dans les métros autant que sur les bus et taxis , le visage d'une femme aux yeux pochés, aux cheveux en bataille et les phrases: "Ton café est ton dîner, tu fais le suivi d'autres suivis, l'insomnie est ton médicament préféré? tu es probablement un entrepreneur", Dans une version web, on va plus loin, (cliquez sur Let us show you). On suggère même de tourner le dos à la mort.

NE SOYEZ PAS AVEUGLES, C'EST JUSTEMENT CE QU'ON VOUS VEND!!!!!!!!!!! Dans cette vie elle sera partout à vos trousses!

Ne plus manger?
Ne plus contrôler sa propre vie?
Ne plus dormir?
C'est ce qui m'a fait quitter l'entreprise de jambon qui pressait le citron entre 2004 et 2009 en exigeant plus de 60 heures de job (37,5 payées) par semaine et qui me donnait un laptop en toute fin, pour continuer à la maison (ce qui m'a plongé vers le gouffre mental).

MORT AU CANNIBALISME!

Suis-je le seul à y voir extraordinairement malsain?
Suis-je à ce point martien?
On ne dynamitera pas une compagnie aux idées comme celles de Fiverr. Bien au contraire.
On lui fera faire 110 millions sur les marchés!

Et vous ne comprenez pas les racines du terrorisme?

Je cherche un salaire secondaire en ce moment. Je survole assez rapidement le site InfopresseJobs qui m'offre tous les jours 11 ou 12 emplois disponibles. L'univers  de la programmation informatique ou le marketing est absolument partout. 100% des jobs. Ces portes sont fermées/barrées pour moi. Clés perdues. 

Maintenant je commence à me dire que je ne travaillerai plus jamais ailleurs que de mon sous-sol.
Pas assez zombie, ni cannibale.

Mort-vivant, tellement vivant.
Mais tellement tellement tellement vivant!

Mais le marché du travail ne recherche plus la vie,
il recherche la mort.

Je n'ai pas ça en moi avant longtemps.