mercredi 17 janvier 2018

Blonde & Idiote Bassesse Inoubliable*********************The Ooz de King Krule

Chaque mois, (vers le milieu) je vous parle de musique, tout comme je le fais pour le cinéma (dans les 10 premiers jours) et la littérature (dans les 10 derniers), trois passions. Je vous parle d'un disque qui m'a beaucoup touché et je tente de vous dire pourquoi.

Le titre de ma chronique est inspiré de 4 albums que je connais par coeur et qui font parti de mon ADN tellement je les ai écouté sans fin.

Par ordre de création:

"Blonde on Blonde" de Bob Dylan
"The Idiot" d'Iggy Pop
"Low" de David Bowie
"The Unforgettable Fire" de U2

B.I.B.I. c'est moi. C'est aussi la terminaison du mot habibi qui, en dialecte irakien, veut dire "je t'aime"

Musique, je t'aime.

THE OOZ de KING KRULE

2018.

Autour du 3 janvier dernier, à Arenal, je n'arrivais pas à dormir après une longue journée pleine d'activités. Je suis allé sur la verrière de notre logement pour ne pas déranger ceux qui y dormaient, une verrière à moitié en plein air dans le climat du Costa Rica. En lisant un article des 10 meilleurs albums de musique de 2017, selon Alain Brunet, j'en ai téléchargé 4.
Björk (pas écouté encore), Fleet Foxes (Pas aimé finalement, supprimé), St Vincent (not bad, j'écoute encore) mais surtout, un album dont je ne me lasse tout simplement pas: The OOZ de King Krule.


 Archy Marshall a 23 ans. Il a déjà trois albums. Le premier lancé quand il n'avait que 19 ans.

Marshall n'est pas la vedette de sa musique. Il la survole. On le trouvera parfois sous les projecteurs avec sa voix grave au violent crachin marmonnant son accent cockney bougonneux, on le trouvera parfois aussi dans les marges, murmurant doucement pour lui-même quelques mots à peine audibles, il pourra aussi carrément s'absenter, se plaçant derrière les consoles de production, laissant les textures sonores qu'il a composé faire le travail pour nos oreilles. Écouter son album, c'est un peu comme attendre de voir une créature étrange de la mer refaire surface. Nous captons seulement quelques moments de la bête, avec beaucoup d'excitation entre chaque apparition.

Marshall a enregistré sous le pseudonyme de Zoo Kid, sous King Krule,  puis sous son propre nom. Il y a peut-être une logique des pseudos propre à sa génération, ou propre au comportement naturel des crabes ermites sabordant leur coquille entre domiciles temporaires. Peu importe, sa première oeuvre sous le pseudo de King Krule depuis 2013 est à écouter dans le noir et après minuit. Pour qu'il vous habite longtemps. Pour qu'il vous hante. Pour le martien en vous. Le papillon de nuit, aussi joli que grotesque et épeurant.

The OOZ est un album riche, immersif, inventif, qui croise Jazz, pop, rock, punk, nouvel âge et hip hop. L'album semble un vol piloté par un rouquin qui nous traîne dans sa solitude étouffante. Le son est goudronneux, chaud, humide, la ligne de base est pesante, le genre qui te fait prendre conscience des vis sur la base, résistant aux pincements de la corde, tant bien que mal. Une base de jazz travesti dans l'univers de Joy Division comme de la vitre sur un doux tapis.
On se trouvera parfois a entendre un album de trip hop, parfois un album de dub, parfois un album de punck rock, parfois un album de ballades jazz ou de R & B humide. Les guitares, légèrement désaccordées par moments (mais calculées ainsi) offrent des sons imparfaits qui font écho au vidéo de Dum Surfer, nous montrant du glauque et du difforme. Du freak. Le refrain de Dum Surfer, sur un saxophone croisé entre Roxy Music et David Bowie, sonne plutôt comme "Don't Suffer", probablement le vrai titre original de la chanson.  (Marshall parle de sa santé mentale sans filtre). Ne souffres pas. Probablement le sentiment le plus fort saupoudré dans son album.

Les mots dans sa bouche créé une distance. Ils évoquent moins des syllabes que des idées. Il ne cesse de nous exposer à quel point nous sommes loin de lui. Son album est comme un morceau d'avion décontextualisé, arraché du ciel pour tomber sur terre (comme sa pochette semble suggérer). Il marmonne et distille les éléments de sa propre solitude. Une solitude déterminée et malade travaillant en tandem. Il chante l'hybride animal moitié homme, moitié requin, une image qui lui colle bien à la tête de rouquin. Twisted raw adrenaline. Sons électrocutés propulsés de son système nerveux. Il fait référence aux insomnies, aux nuits hantées par la mémoire, aux pilules ne fonctionnant pas. Il offre un généreux 19 pièces.

Sous cette apparence de désespoir, le luxe de l'humeur et des textures. Celles qui font que la dépréciation personnelle semble viscérale, tactile, vous souhaitant presque la désirer. La production (qui est la sienne) est si intéressante que des producteurs vétérans doivent jalouser le talent du kid de 23 ans. La lente guitare, planant comme un néon à moitié allumé, les bruits désorientants comme des sons de l'espace perdus sur terre, de sexy accents, des sons d'alarmes qui font tendre l'oreille le temps qu'ils disparaissent, le piano diffus et les synthétiseurs érodés, forment le pont entre le troll et la civilisation humaine de manière fascinante. Une créature jappant la lourdeur de son coeur en scandant "I wish I was people", à quelques jours de la journée favorisant la recherche sur la maladie mentale, ça fait même sourire.

Son dégoût réel ou sa baboune feinte, deviennent séduisants sur cet album d'une planète étrangère et sans âge. Tout ce que l'on trouve sexy, adulte, nous répugne, enfant. Marshall passe du kid au grand.

Pour ceux qui se rendent jusqu'à la fin de l'album (pas une chose si facile pour l'amateur de radio commerciale), vous y trouverez un fruit faussement empoisonné, une vision d'artiste troublé/troublant.

Un enfant de Bowie.

Hanté.

Hantant.

Pour amateur de jazz, d'ambient, de punk, de dub, de musique sombre mais aussi inventive, de blues, d'albums extrêmement léchés à la production, de sons extra-terrestres, d'originalité, de freaks.

mardi 16 janvier 2018

Dolores Mary Eileen O'Riordan (1971-2018)

1993.

L'amoureuse et moi ne sommes un couple que depuis même pas un an. Elle à Québec, moi à Montréal. Elle vient me voir de temps à autre, parfois c'est moi qui vais vers Québec. Sur la station Musique Plus, qui diffusait alors...devinez quoi? DE LA MUSIQUE! je découvre une splendide chanson, chantée par une splendide jeune femme de mon âge et qu'un de mes amis mettra en trame de fond sur son montage final à la télé à La Course Destination Monde

Je m'étais aussitôt précipité pour acheter le premier disque des Cranberries. Que j'écouterai beaucoup beaucoup et dont je vous reparlerai en temps et lieux. L'amoureuse allait être séduite par mon flair musical l'année suivante quand Zombie allait les propulser sur la planète pop mondiale, second album que j'aurai aussi dans mon meuble à disque. La noire O'Riordan, maintenant blondinette. Ça lui va moins bien. 

Dolores O'Riordan avait mon âge. 

La plus jeune de 7 enfants, elle apprend à parler fort pour se faire une place à Ballybricken, dans le comté de Limerick, en Irlande. 

Les frères Hogan, le premier, bassiste, l'autre, guitariste, se joignent à Fergal Lawler (à la batterie) et Nial Quinn (au chant) pour former ensemble The Cranberry Saw Us (prononcé sauce). Mais Quinn quitte le band peu de temps après. On voudra alors une chanteuse et non un chanteur, pour changer la dynamique. Dolores O'Riordan arrive avec un demo de ce qui deviendra Linger. Le trio est séduit. Existe maintenant un quatuor. Ils se nomment maintenant simplement The Cranberries. C'est avec un producteur qui avait travaillé avec The Smiths qu'on concoctera le premier disque. 

Le premier album les fait remarquer, mais pas trop. O'Riordan compose certains morceaux et tous les textes. Pour le second album, Zombie,  morceau sur l'insurrection de Pâques (peu l'auront alors compris) les rendra mondialement connus, de l'Australie jusqu'en Alaska, en passant par la Chine et la Norvège. Un autre morceau les gardera dans les flots de la popularité mais jamais plus on ne saluera avec un enthousiasme majeur la suite de leurs efforts.   

Dolly se marie à Don Burton, gérant de tournée de Duran Duran, groupe qui renaît vers 1993. D & D auront trois enfants ensemble. Après trois albums plus ou moins confidentiels, le groupe choisit de soigner sa panne de création en commençant des projets personnels. Pour O'Riordan ce sera des présences sur scène avec Zucchero ou Pavarotti, du travail avec un favori de David Lynch, Angelo Badalamenti. Elle apparaît même dans son élément dans un film mettant en vedette Adam Sandler et Kate Bekinsale.  

Son premier album solo passe plus ou moins inaperçu. Mais elle reste l'une ds 10 femmes les plus riches issue d'Irlande. Bien qu'elle s'installe en famille en Ontario. Elle lance un second album solo et se sépare de son mari en 2009. Encore une fois, peu d'échos. 

Elle réenregistre avec les Cranberries, puis, forme un projet avec l'ancien bassiste de The Smiths

8 mois plus tard, Dolores pète sa coche contre une agente de bord dans un avion et doit accepter sa condition de bipolaire quelques 5 ans plus tard. 

Un nouvel album des Cranberries voit le jour en avril dernier.  Le groupe doit annuler une partie de la tournée en raison de "problèmes de dos" de Dolores. Mais bon...la pudeur surement...C'est une mère. D'enfants qui ont le plus merveilleux des âges.

Elle passe par Londres pour une session d'enregistrement. On la retrouve sans vie vers 4h00 du matin hier matin, heure d'Angleterre. 

Je t'ai beaucoup aimé Dolly. Au moment où je tombais aussi en amour avec la plus belle brune du Nord de l'Amérique. 

Au moment d'écrire ceci, on ne sait pas encore de quoi tu es morte.
 À seulement 46 ans. Un âge que j'atteindrai dans 19 jours. 

Moi je crois savoir. 
Tu es morte dans ta tête en premier. Et ça a glissé jusqu'à ton coeur. 

Les nôtres sont gonflés de peine depuis.
Mais tu subsistera.

Were you lying all the time?
What is just a game to you?

suaimhneas

lundi 15 janvier 2018

Katharine Meyer Graham

Le père de Katharine Meyer achète le Washington Post en 1933, un petit journal en banqueroute, victime de la grande noirceur. La famille Meyer est très aisée, papa y est financier et si l'époque est dans le rouge, la famille Meyer ne l'est pas du tout.
Maman Meyer est une brillante intellectuelle, un brin artiste, qui a comme amis Auguste Rodin, Marie Curie, Thomas Mann, Albert Einstein et Eleanor Roosevelt. Militante politique pour les républicains, bohémienne dans son attitude, Agnes Elizabeth Meyer, mère de Katharine, travaillera même comme journaliste pendant un certain temps, travail très peu commun pour les femmes dans les années 20-30. Katharine a 3 soeurs et 1 frère et grandissent dans une maison si grande qu'on en parle comme d'un château à Mount Kisco, près de New York. La famille a aussi une maison à Washington D.C. et les enfants ne voient pas beaucoup leurs parents qui vivent une vie fort active.

De toute manière Katharine et sa mère ont des relations tendues. Maman est très négative et extrêmement condescendante à son égard et la confiance de Katharine en elle-même, en souffrira.

Katharine travaillera dans un journal de San Francisco avant d'entrer au Washington Post de son père en 1938. Deux ans plus tard, elle épouse Philip Graham, un gradué de Harvard, commis de justice à la cour suprême. Si Katharine a peu confiance en elle, Philipe en a pour deux et est très intense. Entre 1943 et 1952, ils ont ensemble 4 enfants, une fille d'abord, puis trois fils.

Le père de Katarine vend le Washington Post à son gendre, Philip, à 70% et à sa fille Katharine, à 30%. En 1946, la transaction est finalisée et Philip en devient le nouveau propriétaire en chef. Graham a seulement 29 ans. Katharine n'est pas outrée par le fait que papa ait donné plus de part à son gendre plutôt qu'à elle. Elle connaît ses forces et ses faiblesses et diriger un journal n'est pas dans ses cordes. Quand Meyer décède, Philip prend sa place comme président de la Washington Post Company qui prendra de l'expansion en acquérant des stations de télés (industrie naissante) et des magazines dont le Newsweek.

Le couple Graham devient vite un couple important dans les cercles sociaux de John F. & Jackie Kennedy, Robert Kennedy, Lyndon B.Johnson, Robert McNamara, Henry Kissinger, Ronald ou Nancy Reagan. Cette proximité des Graham, entre journaliste et politicien, serait de nos jours inacceptable.

Philip se bat contre la maladie mentale. Et dans ses excès de dépression, il est brutal verbalement envers Katharine, victime beaucoup trop accessible. À Noël 1962, Katharine découvre que Philip la trompe avec une journaliste australienne du Newsweek. Le couple se prépare à divorcer. Mais dans l'année qui suivra, Philip vivra une psychose en direct en conférence de presse, où il s'affiche avec sa nouvelle compagne. Il y fait des déclarations peu cohérentes, provocantes, il révèle même que JFK trompe Jackie avec Mary Pinchot Meyer. Il s'effondre mentalement au vu et au su de tous. On le sort en camisole de force et il est séquestré et soigné pendant 5 jours, en psychiatrie au Maryland. On lui accorde un weekend de sortie en août où il choisit de se loger une balle dans la tête.

Katharine est veuve. Elle ne se remariera plus jamais. Elle devient patronne unique du Washington Post et en est fait présidente 4 ans plus tard, en 1967. Elle sera la première présidente directrice générale de compagnie (Le Washington Post) à se trouver parmi les 500 fortunes les plus influentes des États-Unis. N'ayant aucun modèle dans son métier (étant la première) elle a beaucoup peiné à se faire prendre au sérieux dans ce monde d'hommes. Se liant d'amitié avec Warren Buffet, qui la conseille en affaires, elle engage le coloré  et véritable bulldog Ben Bradlee comme éditeur en chef. Décision formidable de sa part qui changera tout dans son pays.


Quand Daniel Ellsberg, qui a travaillé sur les Pentagon Papers, dossiers qui couvraient les faits dans l'implication des États-Unis à la Guerre du Vietnam, faits cachés aux médias Étatsuniens et qui révèlent même une demie tonne de mensonges, choisit de rendre public ce qu'il sait, il envoie tout ça au New York Times.  Il est diffusé dans le NYT par bribes en 1971, et ça a l'effet d'une bombe. Le gouvernement des États-Unis, qui parait affreusement mal, intervient et fait interdire les publications au Times par le biais d'une injonction de la cour suprême. En juin, le journaliste Ben Bagdikan du Washington Post commence à publier ses propres infos sur le sujet. Ellsberg lui en a aussi glissé quelques uns. Une nouvelle injonction est émise, mais Graham refuse bravement de s'y soumettre. La cour d'appel lui donnera raison. Le Washington Post devient un journal de grande importance à partir de ce moment-là.
Trois ans plus tard, le scandale du Watergate sera aussi dévoilé dans les pages du Washington Post. Et rend le Washington Post incontournable dans l'information aux États-Unis.

Graham, qui n'avait aucune prédisposition pour être présidente de ce journal, y sera pour beaucoup.

Elle y sera pour beaucoup aussi dans la résignation du président Nixon.

John Mitchell, trou-de-cul, procureur général filou de Nixon fera à son égard une des menaces les plus célèbres faite à un membre des médias en promettant de lui couper un sein dans une grosse essoreuse si elle laissait publier ce que ses journalistes savaient. 

Graham aurait eu 100 ans l'an dernier. Une année où on attendait une première Femme présidente. 

Mais avons eu un porc Misogyne Et Raciste, Discriminatoire, Intransigeant Et Représentatif à la place.

Voilà pourquoi Steven Spielberg et son équipe ont repoussé la sortie du film The Post, racontant l'épisode des Pentagon Papers, Meryl Streep y incarnant la remarquable Katharine Graham.

Le film est en salle depuis vendredi.

Et reste nettement d'actualité avec toute l'odeur de merde qui se dégage de la Maison Blanche en ce moment.

Le journalisme écrit est peut-être en train de mourir, mais le vérité triomphera toujours.
Ses héros aussi.

Les années de mensonges doivent encore et plus que jamais cesser.

Katharine était à la tête des justes qui les ont freinées, pendant un temps.

dimanche 14 janvier 2018

Rose Brûlée & Ignorances Choisies

Quand les nouvelles allégations d'agression de la part de Gilbert Rozon, car il y a longtemps, on l'avait pardonné pour la même chose avec une croupière qui ne risquait aucune carrière en dénonçant les abus physiques qu'elle avait subies de lui, on été rendues publiques, plusieurs humoristes se sont regroupés afin de s'éloigner du nom Rozon.

S'éloigner non pas seulement du nom Rozon, mais du nom Nantel, aussi.

Comme dans Guy Nantel, humorisme. 

Non, je ne le qualifie par encore d'humoriste, je préfère en parler comme d'un humorisme. Comme dans la définition médicale ancienne dans laquelle on rapportait aux altérations des humeurs, les traits de caractère et les troubles morbides éprouvés par l'organisme. 

Guy Nantel ne me fait jamais rire. Comme des dizaines et des dizaines d'artistes de l'humour, il se réclame d'Yvon Deschamps. Comme on se réclamait tous de Twin Peaks au début des années 2000 dans les écoles de cinéma dans nos projets soumis et comme nos parents se réclament tous des Beatles en tout temps. 

Mais personne n'est Yvon. 
Personne n'est David Lynch.
Personne n'est Paul John, George ou Ringo.

Le pire joueur de la Ligue Nationale de hockey a beau se réclamer de Wayne Gretzky, il peut encore rester le pire joueur de la LNH si il ne s'invente pas une identité propre. Guy Nantel nous as été présenté une première fois dans La Course Destination Monde (ou une variante du concept), une émission télé où on envoyait des jeunes avec une caméra un peu partout dans le monde pour y tourner une capsule par semaine. Une fameuse émission créative qui nous manque. Guy Nantel avait gagné son édition. Contre toute attente, il avait surpris tout le monde en choisissant de se tourner vers le stand-up comique, alors que les portes télé/ciné s'ouvraient à lui. Il voudra se servir du mot "controverse" toute sa carrière, sans complètement en avoir le réel talent. Un de ses grands faits d'armes aura été de révéler une ignorance certaines chez les jeunes et moins jeunes dans des vox pop que l'on a découvert de mauvaise foi puisque que sur des centaines de réponses à ses questions faciles, on ne gardait que les plus comiques ou outrageantes. Concluant toujours sur des ignorances choisies et savamment calculées. Ce qu'il n'avouera jamais complètement, au nom de la comédie. 

Il s'est rappelé à notre mémoire y a pas plus tard qu'il y a quelques mois, quand Mike Ward a manqué de jugement en faisant des blagues sur les parents d'un jeune homme atteint du syndrome de treacher collins, sourd, mais pas aux cruautés. Ward a aussi écorché l'absence de talent du jeune homme. Et questionné le jugement de ses parents sur leurs décisions concernant leur fils. Rien de très joli. Ni gracieux. Ni drôle. Ward a perdu en cour contre la famille de Jeremy Gabriel et Nantel et lui ont co-écrit un numéro qu'ils devaient présenter aux galas des Oliviers, mais qui aura été censuré car il faisait référence au dossier. Ça a fait beaucoup de chichi et comme conséquence, Ward, absent de la soirée de remise de prix, choisissant de se censurer lui aussi du gala, a tout gagné in abstentia parce que la censure, faut pas. Voilà. Nantel a brandi le poing avec les mots lit beurre thé grassement tatoués sur les jointures. 

On a tant touché sa sensible corde qu'il a été inspiré pour écrire son show suivant (son dernier) sous le thème absolu des droits et libertés. Ça s'appelle Nos Droits et Libertés. Non, ce n'est pas un traité de philosophie, c'est un spectacle "d'humour". Où la ligne entre la caricature, l'ironie et le réel message à transmettre est tout ce qu'il y a de plus brouillon. Il se moque des messies et des "preachers" mais termine le spectacle avec de réel conseils pas assez drôle pour ne pas être du domaine du preacher lui-même.
Le malaise est volontaire et souhaité par Nantel. Il savoure les inconforts à la Yvon Deschamps. Mais il brille pâle dans ses décisions. Dans son jugement. 
Lors de ce spectacle, il fait allusion à Alice Paquet dans un numéro sur le consentement sexuel. Alice Paquet a été une météore douteuse dans les dernières années sur le consentement sexuel. Il y a peu à rire autour d'Alice Paquet. Je vois mal ce qui pourrait faire rire dans ce qui a sorti autour de sa triste histoire. Alice Paquet a été extrêmement ambigüe sur ses propres désirs. Elle a terni sa cause là. Tout comme Patricia Tulasne ne gagnera pas contre Rozon parce qu'elle a dit "Je me suis laissée faire en me disant, plus vite ce sera fait, plus vite ce sera terminé". Le brouillard est trop opaque.

Mais je m'éloigne de Nantel. Dans la même semaine ou les allégations contre Rozon (re)tombaient, la controverse de son numéro pas drôle sévissait aussi. Des humoristes se regroupaient pour former une nouvelle coalition qui ne serait pas associée à Rozon, et Nantel clamait en faire partie. Ce qui est vrai. Toutefois, son nom a été caché toute la semaine. Biffé des affiches mêmes si il allait se présenter sur scène. Il n'était pas invité à la télé pour parler de ce nouveau regroupement. On ne voulait pas de Nantel. 

Trop associé au mauvais jugement qu'on souhaitait justement combattre. 
On a choisi de l'ignorer.

La même chose se déroule en ce moment aux États-Unis autour de l'actrice Rose McGowan. McGowan a été une jeune victime du producteur Harvey Weinstein. C'est Weinstein qui l'a révélé dans le film The Doom Generation où elle incarne un personnage assez près de sa vraie personnalité, une femme fatale et dangereuse.
Rose McGowan a un tempérament de feu. C'est une tonitruante activiste. Elle a déjà déclaré qu'avoir été élevée à Belfast, elle aurait très certainement été de la IRA, comprenant complètement leur rage et leur violence. Ça donne une idée du genre. Elle ne sautait pas à la corde, enfant, elle fouettait les gens avec.
Elle a un prénom de fleur mais en transpire les épines. 

Quand les horreurs de Weinstein sont enfin devenues publiques, elle a mitraillé son fil Twitter comme Donald Trump en folie (pléonasme?).  Elle a accusé l'évident agresseur, mais elle a aussi tiré sur bien des gens. Elle a fait beaucoup de liens tordus sur ceux qu'elle trouvait complice ou qu'elle jugeait qui savaient, mais qui auraient (peut-être) tenté de noyer la chose. Peut-être a-t-elle raison. Mais Twitter n'est très certainement pas la bonne tribune pour en discuter sérieusement. Elle a bombardé son fil en faisant de l'excès de MAJUSCULES et a SéRiEuSeMeNt manqué de jugement en publiant un # de téléphone personnel, ce qui lui a valu d'être temporairement suspendue du réseau. Ce qu'elle a compris comme elle le voulait, comme un (autre) frein à ses cris de dénonciation. 

Depuis, elle est toujours en guerre (justifiée) contre Weinstein. N'arrive plus à payer ses avocats, donc vend sa maison. Mais surtout, tant qu'elle crie sur le net, on veut la tenir loin. Au dernier gala des Golden Globes, on a fait grand cas des femmes et de leur unité contre les abus d'Hollywood. On a invité beaucoup de femmes qui ont dénoncé Weinstein. On a jamais appelé, ni invité McGowan.

Elle s'en est plaint sur Twitter. 

Refuge TOUJOURS douteux 

Elle est devenue abrasive. Même du côté des justes.   
Mais elle a aussi été abusée.

Ça fait plus qu'égratigner.
Ça brûle. 

Elle était l'une des trois sorcières de la série télé Charmed
Elle brûle. 

samedi 13 janvier 2018

Cette Irruption de L'Absurde Dans la Géométrie du Bon Sens

Ce qui a fait s'effondrer Néron c'est son ardent désir d'immortalité, de reconnaissance mal calibrée.

La plupart des Romains le pensait déséquilibré et savaient qu'il avait brûlé le capital impérial national afin de faire construire son Domus Aurea, un temple d'or et de marbre étendu sur des centaines de kilomètres. On raconte qu'il a dansé et chanté, joué de l'orgue sans arrêt, s'assurant de barrer les invités à l'intérieur, afin que l'illusion que la fête restait pleine et totale, dure. Rendus à moitié fous par la géométrie débridée de Néron, on dit que plusieurs ont feint d'être morts ou évanouis après plusieurs jours (afin de quitter sur des brancards, hors des murs) et que d'autres ont escaladé les murs pour fuir les lieux.

Chaotique, corrompu, ignorant, paresseux, infantile, grandiloquent, impulsif, narcissique, vaniteux, Donald Trump a tout de Néron. Il a toujours réclamé de l'attention. Maintenant son public, c'est la planète. Avant sa présidence, il réclamait l'attention de TMZ, Fox News, des tabloïds de New York, du National Enquirer. Maintenant Twitter est son crachoir. Sans médiation nécessaire.

En vacances durant le temps des fêtes, il a fait le plein de bile. Il en a profité, chaque matin, avant le golf, pour écorcher à peu près tout le monde, même la science, elle-même, domaine qu'il répudie. Les futurs étudiants se pencheront sur ces rots présidentiels avec autant de fascination qu'on l'a fait pour les frasques de Néron. Afin de tenter de comprendre l'empereur qui aura fait une parodie de l'humanité. Celui qui aura fait de la république un cirque dans un système collectif social rendu nerveux, faible, médiocre, isolé, désadapté partageant les même ténèbres que leur chef. Celui qui aura fait de la vie publique, un monde inversé.

Trump est entré sur Twitter en 2009. On le remarque fin observateur ("Je n'ai jamais rencontré quelqu'un de mince buvant du Coke Diet"). Il utilisait certains faits à de curieuses fins ("Les moulins à vent et les éoliennes sont les plus grandes menaces pour les aigles d'Amérique"). On le sait superficiel ("Barney Frank avait l'air ridicule avec ses mamelles au travers du t-shirt au Congrès, dégueulasse et irrespectueux!") On l'a découvert fastidieux ("quelque chose de très important qui changerait aussi la société pourrait émaner de l'épidémie d'EBOLA et ce serait une très bonne chose: ON NE SERT PLUS LES MAINS!").
Avec le temps, Trump s'est fait une voix à lui, avec des termes récurrents  comme "Sad!", "Doesn't have a clue!" ou "Dummy!".
 Il a aussi fait naître ses propres conspirations fantaisistes, ses fake news avant le terme, avec la prétendue conspiration chinoise internationale climatique. Puis avec la prétendue naissance d'Obama au Kenya. Ou avec ses ennemis imaginaires du Sud des États-Unis. Il a aussi inventé des succès comme "Tout le monde raffole et ne parle plus que des matelas Trump!" (les quoi?). Et bien entendu, il s'est fait de nouveaux partenaires en relayant des tweet de MuslimBigot, PizzaGate-Monger ou @WhitegenocideTM.
(cette photo est aussi une fabrication)

Pendant la dernière campagne présidentielle, les proches de Trump ont supplié les gens de ne pas accorder d'intérêt à ses tweets matinaux. Mais pas Sean Spicer, le porte-parole officiel  pour la presse de la Maison Blanche, une fois Trump, élu. Il a bien souligné que chaque tweet était une déclaration présidentielle officielle.

Les Tweets révéleront davantage un adolescent enfermé dans sa chambre avec sa XBox One, privé de toute autre forme de communication, qu'un président de pays important à manger cheeseburgers sur cheeseburgers. Il a de très nombreuses fois cité la très sérieuse source "quelqu'un a dit..." et se fout complètement de l'appareil gouvernemental qu'il ne comprend pas et ne veut pas comprendre. Dans un tweet si alarmant qu'on a parlé de sa santé mentale tout le reste de la semaine, il a passé à un cheveu de dire à Kim Jong-Un que son pénis était plus gros que le sien. (Il s'est contenté de parler de boutons).

Trump vilifie la république islamique iranienne, mais continue d'admirer la servilité autour de Vladimir Poutine. Celui-ci vient d'accorder le premier round des insultes infantiles à Kim Jong-Un. Trump ne doit pas aimer. En revanche, il doit aimer que Bashar Al-Assad et Nicolas Maduro, deux autocrates, respectivement en Syrie et au Vénézuela, utilisent tous les deux le terme galvaudé "fake news".  Au grand étonnement des alliés habituels des États-Unis, dont le Canada et la France, Trump humilie son propre pays et l'affaiblit grandement.

Un livre que je lirai surement, de Micheal Wolff, se vend très bien en ce moment et raconte la première année présidentielle du point de vue des gens de l'intérieur de la Maison-Blanche. De ceux qui ont quitté (Steve Bannon surtout) mais aussi anonymement de ceux qui y sont toujours. C'est un zoo. Trump pensait perdre ses élections, mais faire exploser sa popularité, sa réputation et sa fortune. Il visait un niveau supérieur de vanité. Il l'a trouvé. On l'a fait gagné. Et on vit avec les conséquences depuis. Parlez en aux commerçants canadiens. En guerre absolue contre des agresseurs sans pitié. Les États-Unis sont devenus l'ennemi public mondial #1.
Il n'y a aucun doute autour des capacités du président. Rex Tillerson, le secrétaire d'État, a qualifié son patron de "fucking moron" et n'a jamais nié la chose. Le livre de Wolff est unanime, l'intellectualisme et le caractère curieux de Donald est très très limitée. Il ne vit que d'humeurs. Il y a une atmosphère de chaos à la Maison Blanche qui rend chaque jour plus dangereux pour tous. Le peuple des États-Unis d'abord.

Néron a souhaité vivre assez longtemps pour rebaptiser le mois d'avril Neroneus et la ville de Rome, Neropolis. Il n'a pas réussi. À 30 ans, il a été condamné par le peuple après 13 ans au pouvoir. Il a été déclaré ennemi public #1.

Les scandales sont la cape de Donald Trump. L'obstruction de la justice, son terrain de jeu. La circulation de l'argent dans sa direction, sa couronne.

Il n'est pas clair encore si l'enquête de Robert Mueller amènera celui qu'on appelle le président à témoigner ou à répondre à des questions d'éthique. L'étau se reserre. Paul Manafort, ancien directeur de campagne, a été accusé de trahison. Micheal Flynn, ancien conseiller à la sécurité nationale, a admis avoir menti au FBI sur ses liens avec les Russes. Il collabore à l'enquête de Mueller. Jeff Sessions, son procureur général, s'est récusé contre l'avis de Trump.

Pendant ce temps, on a tous l'impression d'en savoir trop sur le Donald, sur le mal qu'il fait et sur celui qu'il menace de faire jour après jour. Il est inapte à occuper un poste de direction dans un bureau, encore moins dans le plus important des bureaux des États-Unis. Ce n'est même pas un commentaire de l'opposition, ses propres membres de son parti le disent depuis le début de sa mise en candidature.

Le président des États-Unis est devenu la plus grande menace...pour les habitants des États-Unis. 
Et pour la planète.


vendredi 12 janvier 2018

Deux Grands Architectes Sociétaires

Le 13 décembre 1931, un politicien britannique de 57 ans, que l'on dit "fini", non bienvenu dans son propre parti,, mais toujours membre mal aimé du parlement, sort d'un taxi à New York sur la 5ème avenue.

Il était à New York afin de  de débuter une série de conférence afin de se refaire un peu d'argent. le violent krach boursier deux ans avant, ne l'a pas épargné. Il y a perdu une fortune. Il doit vendre sa maison. Probablement distrait par tous les soucis que la grande noirceur annonçait, il a regardé du mauvais côté de la rue, ce que ses adversaires politiques lui reprochaient toujours. Il n'a pas vu la voiture qui arrivait à environ 60 km/h. Celle-ci l'a frappé et traîné sur quelques mètres.

Il en a eu les côtes brisées et le crâne largement ouvert. C'était grave.

Il a survécu.

Eût-il été mort, le monde moderne allait être privé de Winston Churchill.

Presque 6 ans plus tard, en mai 1937, un autre Anglais se réveille au petit matin en Espagne. C'est alors la guerre civile. Il sera plus que journaliste au front. Il sera leader de régiment. Il y prendra part. Il est au sud des Pyrénées et, bien que soldat, il est davantage écrivain. Un auteur médiocre dont les oeuvres se vendent très mal. Il se considère gauchiste, mais dans son dernier livre, alors qu'il se tournait vers la sociologie journalistique, étudiant le pauvre Anglais, il a brisé quelques unes de ses amitiés proches, en critiquant vivement le socialisme.

Mais en Espagne, il sert pourtant comme officier progouvernemental dans les forces socialistes de la république espagnole. Il est grand de taille. Si bien que lorsque le soleil se lève, sa silhouette est facile à voir dans la lumière de l'aube. Un nationaliste, à 175 pieds de lui, le voit. Il lui tire dessus. Une balle de 7 millimètres lui passe par le bas du cou manquant la carotide de peu.
Assommé, il sait qu'il a été touché, mais ne sait pas où. Il tombe au sol. Informé qu'il a été touché au cou, il se prépare à mourir. Il s'y attend inévitablement. Il n'a jamais entendu quelqu'un survivre à un tel tir.

Mais non.

Il survit.

Eric Blair survit.

Eric Blair continuera à écrire des livres. Prenant le prénom le plus Anglais possible, George. Et le nom d'une rivière qu'il affectionne, Orwell.

Eût il été mort ce matin-là, le monde moderne nous aurait privé de George Orwell.

Leur chemin ne se sont jamais croisés, mais ils se sont admirés à distance. Quand Orwell a écrit 1984, il donnera le nom de son héros d'un des siens: Winston. Et quand Churchill le lira, il sera si emballé par le livre qu'il le relira tout de suite après, une seconde fois.

Malgré leurs nombreuses différences, ils ont en commun de s'être battu toute leur vie pour la liberté. Une priorité dominante dans leur 2 vies.

Ils ont été architectes de notre époque. Par leur compréhension du monde qui se déroulait sous leurs yeux.

Winston était ridiculisé parce qu'il était le seul au parlement à ne pas croire en la bonne foi des Nazis. Chamberlain a eu tellement honte de sa propre naïveté face à Hitler, qu'il a donné les commandes de la Guerre à Churchill. Winston Churchill a guidé les forces qui ont résisté puis vaincu le Nazisme. Il est père de nos libertés actuelles.
George Orwell nous a aidé à comprendre nos droits et libertés en nous influençant encore aujourd'hui sur nos propres manières de réfléchir le monde.

Justement.

Un délicieux livre de Thomas E. Ricks m'a accompagné en voyage et en deux passage en avion, je l'ai dévoré. Il raconte les vies parallèles de ses deux Grands Hommes et les multiple ressemblances dans les valeurs choyées.

Me faisant remarquer qu'on leur doit encore aujourd'hui beaucoup.

Deux vrais héros comme on en fait rarement.

Ne portant ni cape, ni épée, ni superpouvoir.

Juste deux têtes aux hamsters agiles dans la coquille.