jeudi 23 février 2017

La Révolution Russe (1ère Partie)

Janvier 1917.

L'empire Russe est un régime monarchique autocratique. C'est à dire que le système politique et social est mené par un seul homme: généralement un roi, en Russie, un tsar.

C'est à ce moment Nicolas II qui règne.

La Russie vit un essor industriel spectaculaire depuis le début du siècle, mais ce n'est pas tout le peuple qui s'enrichit pour autant . Il faut faire de très larges emprunts à Paris pour que le pays ne baigne pas dans le rouge perpétuel. En ville, réside presqu'exclusivement la main d'oeuvre industrielle. 85% de la population se retranche en région rurale et tente de vivre (médiocrement) de sa production agricole. Mais ceux qui soutiennent le régime, les koulaks, vivent d'une production agricole qui les rend riches. Puisqu'ils la vende au Tsar et à l'empire. Une bourgeoisie rurale naît. Des clivages importants aussi.

Avant 1917, plusieurs mouvements ont tenté de renverser le royaume. Des étudiants, ouvriers, paysans, nobles, se sont tournés vers le terrorisme ou les attentats politiques. Chaque fois sans succès, et chaque fois durement réprimés du prix de leur vie par la police politique tsariste: l'Okhrana. Staline est parmi les révolutionnaires emprisonné, mais pas tué. (Quelle erreur)

En hiver 1917, la Russie est impliquée dans la Première Guerre Mondiale. Après quelques succès initiaux, peut-être même inventés, l'armée ne peut cacher une succession de défaites (en Prusse-Orientale entre autre). Les usines ne fournissent pas. Le réseau ferroviaire est imparfait. L'organisation de l'armée est en déroute. Des régiments ne reçoivent pas les bonnes balles pour les bons calibres de fusils, les denrées se font de plus en plus rares et une famine se développe. Des mutineries éclatent quand les morts tombent avant même de combattre pour malnutrition. Les dirigeants de l'armée paniquent et punissent leurs propres soldats corporellement. Ceux-ci en meurent, tellement la correction est sévère. Ce qui provoque plus de mutineries encore. L'économie Russe, qui avait des ailes avant la guerre et battait des records, voit la route de l'Europe bloquée et s'enlise. Les ravitaillements, les soins, les échanges sont déjà contrôlés par des comités indépendants du Tsar. Des coopératives et des syndicats naissent ici et là.

Depuis la mort du proche conseiller de l'épouse (d'origine allemande, celle-là) de Nicolas II, les magouilles pullulent. Un pouvoir parallèle se dessine.

La douma est constituée de la chambre basse de l'empire russe. La douma demande au tsar de nommer un conseil qui sortira la Russie de la crise actuelle. L'hiver est très rude et ne semble plus finir. Les morts se comptent par millions en quelques batailles seulement. La pénurie alimentaire rend tout le monde nerveux et les maladies reliées à la malnutrition et au froid font beaucoup mourir. Les Russes sont fatigués de la guerre. Et de l'immobilisme de Nicolas II.

Lors du jour de la femme en Russie, celles-ci prennent la rue et manifestent afin d'avoir un peu de pain pour nourrir leurs proches. Les ouvriers des usines, déjà en grève pour la même chose se joignent à elles et en profitent pour étirer leur grève. Ils sont bientôt 90 000 dans les rues à crier famine. La tension monte à Petrograd. Les slogans se politisent et deviennent clairs. On pointe du doigt la guerre, donc le Tsar qui la coordonne (mal). On chahute la monarchie. Les bolchéviks de Lénine appellent au calme. Sans succès. Ils ne détestent pas ce qui qu'ils voient tant que ça. Ils sont dans le corridor de l'opportunisme. Les affrontements avec la police font des victimes de part et d'autre. Les manifestants pillent des postes de police. Après trois jours d'anarchie dans les rues, la garnison du Tsar mate la rébellion en tuant des tonnes de manifestants, ne laissant aucune place à la nuance.

Toutefois durant la nuit, une large partie des soldats du Tsar choisit de passer du côté des manifestants et les aideront à s'armer et à s'organiser. Le parti bolchévik de Lénine a toujours appelé au boycott de la douma. Ils ne peuvent que se réjouir des mouvements qui se profilent. Financé par l'Allemagne, le parti bolchévik développe une certaine logistique. Les Allemands ne détestent pas ce déséquilibre du pouvoir. Ça les sert politiquement.

Le 10 février, la douma créé un rapport indiquant l'impossibilité pour Nicolas II de diriger le pays.

Il abdiquera le 2 mars suivant, laissant le trône à son frère Michel qui le refusera devant l'ampleur de la tâche, jugée insurmontable. Plusieurs conseils provisoires se succéderont.

8 mois plus tard, on marquera l'histoire du monde. (je vous écrirai alors une seconde et dernière partie)

Mais pour le moment le tsarisme est mort. Et on ne le réalise pas à 100%.

La journée de la femme qui alluma la mèche se déroulait aujourd'hui, il y a 100 ans.


mercredi 22 février 2017

Les Bonnes Affaires du Canard Enchaîné

Le journal centenaire satirique français a, en toute fin pratique, assassiné la carrière politique de François Fillon, candidat à la présidentielle française avec la révélation des emplois fictifs de sa femme et de ses enfants pendant des années.

Un peu plus de 100 ans après sa première parution Le Canard Enchaîné se porte à merveille. Et a un réelle influence sociale. Voilà un chien de garde extrêmement utile et sain en cette époque de corruption banalisée.

Au fil de son histoire, Le Canard Enchaîné a accumulé les bons coups avec son humour grinçant (dans les rubriques Le mur du çon, prise de bec, La mare aux canards, entre autre) et l'exposition constante de crosses hebdomadaires de petite, moyenne, grande et très grande envergure.
Il faut savoir que le journal fonctionne de manière fantastiquement indépendante, sans publicités aucune, sans site internet même, est diffusé à 392 214 exemplaires par année, tous les mardis dans la nuit, en générant des profits oscillant autour de 24,5 millions d'Euros.

Comme quoi la palmipède* est aimé dans la patrie.

Dans la foulée du fiasco Fillon, voici 10 fois où Le Canard Enchaîné a fait frémir le pouvoir politique, économique et industriel.

1928
Le Canard rapporte et commente longuement sa méfiance instinctive envers les pouvoirs politiques et sa malsaine proximité et complicité avec le monde économique. De gauche depuis toujours, le journal, utilise un procédé qui était très courant avant la guerre chez eux, celui des faux entretiens, menés avec une rigueur toute professionnelle, entre gens visés, toujours facile à débusquer par l'absurde du prétendu interview. Albert Oustric est banquier et fait de la spéculation boursière un art. La faillite frauduleuse de sa banque deux ans plus tard éclabousse le monde politique français qui y a aussi la main lourde, puisque son président de la chambre des députés, Raoul Pérêt y est plongé. Le Canard sonne le glas. Au nom du Pérêt, du FISC et du Saint-Oustric.

1972
On révèle que le Premier Ministre Jacques Chaban-Delmas a trouvé un moyen légal de ne jamais payer d'impôts. On expose son stratagème et on met même la main sur son rapport d'impôt qu'on sert en Une. L'affaire fait tache. 2 ans plus tard, le gaulliste social annonce sa candidature  à la présidence de la République, mais est lâché par 43 parlementaires emmenés par Jacques Chirac vers Valéry Giscard-D'Estaing qui deviendra le 5ème Président de la République.

1979
L'auto-proclamé empereur, mais surtout dictateur de la République centraficaine, Jean-Bedel Bokassa reçoit à de multiples reprises Valéry Giscard-D'Estaing entre 1970 et 1978. Chaque fois, le despote le couvre de cadeaux, dont des diamants d'une valeur inestimable. Quand Bokassa est trouvé coupable de la mort de centaine d'enfants, l'opinion internationale à son égard devient intolérable. VGE tente de se dissocier de sa proximité avec le brutal animal, mais les diamants brillent chez lui. Deux ans plus tard, François Mitterand le déloge dans sa fonction présidentielle. Le Canard qui en avait exposé tous les détails, réussit alors son plus gros coup.

1980
Le Canard découvre que des importantes remises fiscales ont été remises à deux gendres de Maurice Papon, alors ministre du budget. Un an plus tard, Le Canard expose "des actes contraire à l'honneur" perpétrés par Papon sous l'occupation, alors secrétaire de la préfecture de Gironde, quand la France est sous occupation nazie. En 1983, Papon sera inculpé pour crimes contre l'humanité et condamné à 10 ans de prison en 1998.

1993
Il est révélé que le Premier Ministre Pierre Bérégovoy a obtenu un prêt d'un million de francs de la part de l'industriel Roger-Patrice Pelat pour l'acquisition d'un appartement parisien. Le prêt est sans intérêt et quand l'étau se resserre sur Bérégovoy, il se suicide.

2002
Le Canard découvre un formidable appétit à Jacques Chirac, dont le couple offre des factures (appelés frais de bouche) de plus de 2 millions d'Euros entre 1987 et 1995 dans le seul hôtel de Paris, où il résidait lorsque de passage. Deux ans plus tard, l'enquête se soldera par un non-lieu.

2005
Hervé Gaymard est une étoile montante de la droite. Il est ministre de l'économie, mais qui brille trop à l'économie, en sait souvent trop sur comment jouer au filou. Le Canard découvre qu'il loge dans un appartement parisien, avec sa famille, un duplex de 600 mètres cubes, avec un loyer mensuel de 14 000 Euros, tout ça, pris en charge par l'État. Il est contraint de faire ses valises.

2008
L'émission de téléréalité Pekin-Express est une copie de The Amazing Race, où des concurrents doivent faire une série d'épreuves en couple, dans une sorte de course à relais à travers le monde; émission qui elle, est une adaptation parfaite (et payée) de l'émission Hollando-belge Peking Express. Le Canard révèle les nombreuses manipulations des producteurs dans ce qui est présenté comme juste pour tous, mais qui est en fait choisi par la prod. L'émission s'en défend, mais des témoignages sortent ici et là et d'autres journalistes d'ailleurs confirment. L'émission est retirée 6 ans plus tard.

2011
Alors que commencent les premières manifestations de ce qui deviendra le printemps arabe, Michèle Alliot-Marie, ministre des affaires étrangères multiplie les vacances sous les bons soins du royaume de Ben Ali. Elle obtient des largesses d'un homme d'affaire, très près du pouvoir et creuse sa tombe professionnelle en niant qu'elle y était en vacances alors que la présence de toute sa famille est prouvée. Elle démissionne quelques semaines plus tard.

2017
Fin janvier, Le Canard découvre que la femme de François Fillon, Pénélope, a été employée d'une manière qui n'est pas illégale, à condition que l'emploi ne soit pas fictif. Elle aurait touché 900 000 euros pour avoir prétendument travaillé à La Revue des Deux Mondes, Ce que personne ne peut prouver et que tout le monde peine à mentir sur la chose. Une semaine plus loin, Le Canard révèle que, lorsque juge au Sénat. Fillon avait aussi engagé deux de ses enfants, les payant plus d'un million d'euros, pour des emplois encore non vérifiables.

Emmanuel Macron, vedette montante en France, pourrait être égratigné par les frais de bouche lui aussi...

Vaillante vigile et forme alternative de presse très attachée à la protection des sources d'information des journalistes qui trouve peu d'équivalents dans le monde,  Le Canard Enchaîné couac encore.

Et barbote dans la bouette des plus sales d'entre nous.

En ayant un poids certain dans la société française.

*De Gaulle était si obsédé par l'image de lui que renvoyait Le Canard au peuple, qu'il demandait régulièrement "Qu'est-ce qu'on dit de moi dans le palmipède?"

mardi 21 février 2017

Bol d'Attitudes Indigestes

Marcel Aubut aura été le voisin de notre famille longtemps.

À la ville, des sapins séparaient notre terrain de celui des bureaux de son cabinet d'avocats.
Au chalet, le sien était à trois chalets du nôtre et son entrée en lac pointait vers notre entrée en lac à nous.

Si bien qu'on se croisait régulièrement. Mon père, très très impliqué dans le hockey local,  avait même passé dans son bureau, pour le poste vacant de directeur-gérant des Nordiques, mais on lui avait alors préféré Martin Madden.

On l'a croisé probablement plus souvent qu'Eric Lindros l'a fait, avec sa famille. Mais de manière plus détachée pour nous, moins intéressée de sa part, nous plaçant dans le statut d'observateur plus souvent qu'autrement. Et il était afffffffffffffffffffffffffreusement risible. Par tempérament. Quand mes soeurs ont atteint l'adolescence, les yeux d'Aubut ne se gênaient absolument pas de se poser sur leurs corps au chalet. En maillot ou non. Il était grossier. De partout. Dans sa manière de parler, de bouger, de massacrer l'anglais, de penser, d'être.

Ça l'a rattrapé. des années plus tard.

La famille Lindros l'a aussi senti. Et forts de préjugés colportés par un Canada anglais mentalement malpropre et lourd d'ignorance, a déduit que TOUS les Québécois devaient être de la trempe d'Aubut. Ça parlait en français partout, Les Nordiques étaient un club qui poireautaient dans les bas fonds de la Ligue, c'était un petit marché où ce ne serait jamais payant d'obtenir des contrats de publicités de toute sortes. C'est la chanson que lui chantaient Carl, Bonnie et son entourage. Eric était le canari sacrifié dans la mine. C'est comme ça qu'il devrait se présenter aujourd'hui. Mais non. Il fraude, le con.
Dans le révisionisme récent sur Eric Lindros, il faut savoir qu'Aubut était certainement UN des éléments de son refus de venir jouer à Québec, mais les vraies raisons étaient nettement plus culturelles. Ses parents, sont d'ailleurs probablement beaucoup plus à blâmer que lui. C'était eux aussi qui lui avait fait bouder Sault-Ste-Marie dans les rangs juniors parce qu'ils trouvaient que 7 heures de route, c'était à trop de distance de la famille, à Toronto.

Quand je vois Lindros tenter de réhabiliter son image depuis qu'Aubut lui offre la chance en or de lui donner une raison de ne jamais porter le gilet fleurdelysé, je vomis.

Be honest, fucking fool.

C'est nous que tu haïssais et haïs encore. Et on te le rendait bien.
À Bonnie, ta mère, surtout.
Bonnie-bitch.
You sucked then, you suck even more now.

Je ne l'ai pas vu à Tout Le Monde En Parle, je ne communie aucunement à cette église. J'ai lu qu'il y avait sali enfilé le gilet des Nordiques. Quelle abrutissement pour le plus grand fan des Nordiques que j'aurai été jusqu'en 1995.

Mais la vraie attitude dont je voulais vous parler c'est celle d'Aubut. En général.
Ce que j'appelle, probablement à tort, ma culture du viol.

Aubut, comme bien (trop) d'autres, a toujours regardé la femme comme un territoire à conquérir. Dès qu'il a eu une once de pouvoir, ça lui a grisé les ondes cérébrales et il s'est donné le droit du chasseur perpétuel.

On utilise beaucoup l'expression culture du viol depuis les agressions de l'Université Laval et Alice Paquet. Je l'ai fait moi aussi. Michèle Ouimet fait des distinctions sur l'expression.  On devrait peut-être trouver autre chose, effectivement. Quand je parle de la culture du viol, je parle d'une attitude. L'AMAC: l'Attitude Mâchiste de l'Agresseur en Chasse. De très grand public en 1977 à nos jours, je la vois.  Je sais très bien à quoi je fais référence quand je parle de l'attitude mâchiste de l'agresseur en chasse. Je parle de ce clip de Saturday Night Fever, de sa banalisation, d'Aubut, de Sklavounos, de la pulsion sexuelle que l'on ne veut pas refouler quand on est celui qui veut se soulager. Je parle de Grease, qui, un an plus tard, encore avec Travolta, toujours dans le très très grand public, installait l'idée de l'adorable première de classe qui n'arrivera à attirer l'attention de son bum qu'uniquement si elle se transformait en pseudo-pute.
Ma culture du viol. c'est des moeurs que l'on retrouve en France ou en Inde, dans des pays où les relations hommes-femmes sont nettement moins développées que les nôtres; même à la présidence des États-Unis, et qui accordent tous les droits à celui qui en a le pouvoir sur les corps féminins qui lui plaisent. Ma culture du viol, c'est une attitude. Mâle. C'est défendre DSK.

C'est une attitude fameusement malsaine pour moi, un homme, alors imaginez pour Ariane, Kimberley, et toutes celles qui seront noyées de l'anonymat d'un vrai viol.

Parce que les hommes étouffent encore les viols.

Si tout ce qui a été rapporté sur Pierre Paradis est vrai, l'AMAC se porte bien au Québec. Peu importe le nom que veut lui donner Michèle Ouimet et ses batailles des années 70 et 80.  Qui n'ont rien à voir avec celles de nos jours de toute manière. Il faut quand même comparer des oranges avec des oranges. Et les batailles d'aujourd'hui n'enlèvent rien à celles d'hier.

Tant qu'à être chez les Libéraux, je m'en voudrais de ne pas parler de la malhonnêteté qui semble légion maintenant en politique. Je ne parle pas seulement de Trump qui vident de sens les mots en général. Je parle de malhonnêteté intellectuelle.

Philippe Couillard, la semaine dernière, a tenté de nous planter dans la tête que la xénophobie et l'islamophobie sont une tare génétique du nationalisme québécois. Tout serait issu de la maladroite charte des valeurs.
Couillon a honteusement exploitée la tragédie de la mosquée de Québec et l'a présentée comme le produit du débat soulevé par ceux qui ne pensent pas comme lui.

HÉ! L'IDIOT!
Ton peuple est scolarisé!

À souffler sur les braises de l'intolérance comme tu le fait, tu mettras le feu à ta barbe de sorcier, tout seul.

Parce que tu nous marmite un autre type d'horreur.
Celle de l'arrogance malsaine.
De la piraterie intellectuelle.
Et de la malhonnêteté crasse.

Nous prendre tous pour des crétins, ça c'est tout à fait intolérable. oui.

lundi 20 février 2017

Calder Willingham

Né le 23 décembre 1922 à Atlanta, il quitte le collège militaire pour travailler au United States Office of War Information  à Washington.

Il quitte l'endroit pour écrire à New York. Là où il se fera écrivain. Son premier roman, End as a Man est lancé en 1947 et le rend aussitôt célèbre. On y parle clairement de sexe, de comportements et d'attitudes sexuels, on y critique la culture machiste militaire et on suggère de l'homosexualité. Ce sont beaucoup trop de tabous pour les prudes États-Unis d'après guerre. La New York Society for the Suppression Vice, institution créée dans le but de contrôler les moeurs de la population, poursuit la maison d'édition Vanguard Press pour obscénité.
De multiples auteurs se portent à la défense de Willingham, la cause devient un vaste débat d'opinion publique et les poursuites tombent. Mais pas avant que le livre ne deviennent un best seller. Les critiques aiment beaucoup aussi et on salue son humour sauvage et ses dialogues et situations réalistes.

Le livre fait tant de bruit, que Willingham le transforme en pièce de théâtre, qui mettra en scène, entre autre, un jeune James Dean. Le producteur Sam Spiegel lui fait adapter le livre en film et Ben Gazzara commencera sa carrière cinématographique avec ceci, rebaptisé The Strange One.

Willingham enchaîne avec le début d'une trilogie de livres semi-autobiographiques. Geraldine Bradshaw se déroule dans un hôtel de Chicago et autour d'un valet d'hôtel durant la Seconde Guerre Mondiale. Rôle qu'avait tenu Willingham dans la vie. Le valet en question fantasme sur la fille dont le livre porte le titre et à nouveau, les prudes États-Unis trouvent cela trop énervant. Le second livre place ce même valet à Los Angeles, dans Reach to the Stars, (Là où Willingham avait aussi été valet d'hôtel plus jeune). À nouveau, le valet y va d'observations ludiques et sexuelles, sur le gratin d'Hollywood cette fois. Il publie dès l'année suivante, Gates of Hell, son seul recueil de nouvelles, particulièrement axé sur l'humour.

Les critiques aiment beaucoup Willingham, le public aussi, et on le place facilement parmi les nouveaux jeunes auteurs d'après guerre à suivre comme Norman Mailer, James Jones, Truman Capote, Gore Vidal ou Tom Wolfe dans Greenwich Village. William Faulkner se trouve parmi ses plus grands fans.

Natural Child paraît en 1952, et raconte 4 jeunes individus, 2 hommes et 2 femmes, ainsi que leur vie de bohème à New York. La narration sophistiquée ainsi que l'oreille parfaite de Willingham pour les dialogues réalistes de la jeunesse des États-Unis en feront un autre succès et un bijou dans son oeuvre. To Eat a Peach paraît 3 ans plus tard et chronique la vie et les aventures (ludiques) de moniteurs de camps d'été.

Un jeune réalisateur du nom de Stanley Kubrick avait adoré Natural Child et demande à Willingham de l'aider à adapter un livre de Stefan Zweig pour le cinéma. Le projet ne fonctionnera pas mais Kubrick retient l'homme pour le faire retravailler le scénario de Jim Thompson pour son prochain film: Paths of Glory. On aimera tant son apport qu'on lui fait retravailler un peu du scénario de The Bridge of the River Kwaï. Toutefois, David Lean est un homme fort difficile et Willingham et lui ne s'entendent pas. Calder ne sera jamais crédité pour le peu auquel il a contribué au film.

Willingham et Kirk Douglas se sont liés d'amitié sur le plateau de Paths of Glory et Calder travaillera sur son prochain film. Quand Douglas embarque sur son projet suivant, il engage ses bonnes collaborations: Kubrick et un ami commun, Willingham. Spartacus sera un gros succès commercial.

Willingham travaille encore avec Kubrick sur l'adaptation d'un livre de Charles Neider pour Marlon Brando. Mais Kubrick quitte et Willingham le suivra. Brandon tiendra les rênes du film. Willingham, ami de Vladimir Nabokov, qui est sans le sou aux États-Unis, lui suggère de faire adapter ses merveilleuses nouvelles pour le cinéma. C'est Willingham qui mettra en contact Kubrick et Nabokov pour Lolita.

Ça aura pris 8 ans à Calder Willingham à tricoter son prochain roman: Eternal Fire qui replace l'action, là où il a grandi, dans le Sud, en Georgie. Probablement son meilleur effort, l'histoire gothique raconte le mariage entre un jeune héritier et une enseignante pleine de vertus aux idées suicidaires. Une critique dira de lui qu'il est le seul auteur vivant digne de pouvoir tenir le manteau de Dostoievsky dans une bagarre de rue.

Willingham revient au cinéma pour adapter la nouvelle de Charles Webb, The Graduate. Mike Nichols n'aime pas ce qu'il en fait et engage Buck Henry pour retravailler le script. Une bataille juridique prouve qu'on a gardé beaucoup trop de ce que Willingham avait fait et son nom doit être placé au générique. Il sera co-nommé pour l'Oscar de la meilleure adaptation cinématographique. Il se fera de Dustin Hoffman un ami. Ils retravailleront ensemble sur Little Big Man.

Entre temps, Calder lance un autre livre, Providence Island, racontant l'histoire d'un producteur télé dont la vie est déséquilibrée par sa femme maladivement timide et androgyne. Hollywood achète les droits d'adaptation et voudra en faire un film mettant en vedette le couple d'acteurs Paul Newman et Joanne Woodward dans les rôles principaux, Mais le film ne se fera pas. Willingham travaille une adaptation des mémoires de prison de Malcolm Braly pour Dustin Hoffman, mais celui-ci fera Papillon à la place. Willingham travaille aussi sur un traitement du film Patton, dont Françis Ford Copolla signera finalement le scénario seul.

Calder lance son 9ème livre, Rambling Rose, racontant sa famille et son éveil sexuel, enfant, en Georgie. Bien que jamais sa famille n'ait eu de femme de ménage ouvertement sexuelle comme Rose, tout le reste du livre est inspiré de ses proches. Il travaille aussi avec Altman.

Son avant-dernier livre sera le dernier volet de la trilogie, débutée avec Geraldine Bradshaw et Reach to the Stars dans les années 50. The Big Nickel. Son dernier livre sera un essai satirique mal reçu en 1977, The Building of Venus Four.

Il connait l'agonie par la suite, sa maison passant au feu et lui faisant tout perdre, le faisant tomber dans une dépression qui lui ruine la santé. En 1989 il adapte une de ses propres nouvelles pour Martha Coolidge.

Il travaillait avec Steven Spielberg sur un scénario intitulé Julie's Valley, racontant l'histoire d'une famille de pionniers des États-Unis, attaquée par des autochtones sur la piste de l'Oregon, quand on lui diagnostique un cancer du poumon fatal.

Il en décédait hier, il y a 22 ans.
L'auteur, largement oublié et pratiquement introuvable, avait 72 ans.


dimanche 19 février 2017

Hipster Jones

Je suis tombé par hasard sur un top ten des 10 films les plus hipster selon Che Patroki. À ma grande surprise, j'ai réalisé que de ces 10 films, non seulement j'en avais vu (et beaucoup aimé) 7, mais qu'ils m'avaient tant séduit que j'en avais aussi acheté 6, et que je les avais vu et revu plusieurs fois.

Inside Llewyn Davis (vu 3 ou 4 fois en 1 an)
500 Days of Summer (vu 3 fois)
Eternal Sunshine of the Spotless Mind (vu 1 fois)
The Royal Tannenbaums (vu 2 fois)
Juno (vu 1 fois)
Lost In Translation (vu 1 fois)

J'ai aussi vu (et aimé) Garden State.

Les autres films du top ten étaient Frances Ha, Her et Submarine. Je compte voir probablement les deux premiers et ne tournerai très surement pas le dos au dernier qui me rappelle un film que j'ai adoré* (et acheté aussi) plus jeune.

Moi qui me pensait emo, un peu douche, mais tellement simple dans l'intensément analytique sentimental, émotif et inquiet bien que brutalement confiant, intello/down to earth je serais donc aussi hipster.
aaaaaaaaaah...ces étiquettes...

Un hipster est un terme anglo-étatsunien apparu d'abord dans les années 40 pour identifier un phénomène nouveau, les amateurs de jazz, plus particulièrement les amateurs de be-bop et bientôt du cool jazz de Miles. Les premiers à se faire étiquetter de la sorte étaient généralement de jeunes blancs, s'habillant "tendance" et qui fréquentaient des lieux où se produisaient des musiciens afro-Étatsuniens ou latinos, nouvellement appréciés. On y dansait là dessus, ce qui, aujourd'hui, serait très drôle à voir, car c'est assez dur d'imaginer un style de danse s'accordant à des rythmes parfois fort all over the place.
Ce qui plaçait tous ses gens sous le même parapluie social était le style de vie noctambule, mais surtout le rejet de la banalité et du monde traditionnel qu'incarnaient davantage les squares, des gens plus modestes, conservateurs et axés sur la poursuite d'une carrière, la fondation d'une famille et la quête de l'argent. Les squares étaient considérés comme coincés, rétrogrades, cherchant la sécurité dans l'acquiescement politique sans discernement, par opposition aux hipsters  qui adoptaient "la cool attitude".

Kerouac, Corso, Ginsberg, Burroughs et la beat generation en sont entre autre nés.

Avoir vécu à cette époque, j'aurais été lourdement attiré par le mouvement puisque de nos jours, je fréquente, autant en littérature qu'en musique, cette époque musicale (jazz plus que crooner) avec beaucoup de passion. (C'est la faute à Woody)

Depuis le début des années 2000, le terme hipster est utilisé pour désigner celui ou celle qui n'a pas adopté les mêmes habitudes de consommation que les autres, ni les mêmes références socio-culturelles. Le hipster des années 2000 se démarque encore par sa tenue vestimentaire, mais aussi par sa coupe de cheveux parfois stylée, quelque fois sa barbe, une attitude anti-conformiste, subversive et un intérêt marqué pour la musique de tous genre. On prête aux hipsters de nos jours une grande indépendance.

Ce qui est tout à fait moi, oui.

De l'horoscope mieux emballé.

Moi qui aime assez peu les étiquettes et me considère beaucoup plus complexe que la simple épithète hipster, me faisait donc à l'idée que bon, c'était comme ça.. J'ai donc en moi beaucoup de hipster. J'étais fou de joie, enfin moi! je dansais comme la fille ici, ayant enfin compris ma vie.

J'ai même fait un test à la con sur le net et on m'a qualifié, au résultat final, de Brainy Hipster, c'est-à-dire, hipster, qui ne le savait pas, s'en moque et ne voudrait pas vraiment se faire qualifier ainsi.

Ce qui est aussi totalement vrai. C'est fou comme on me connait mieux que moi-même! J'EXISTE!

Cette attitude anti-conformiste fait en sorte que je fête assez peu la St-Valentin. Même en amour. J'aime ma blonde ce jour-là, mais tous les autres jours de l'année encore plus. Je fais toujours un petit quelque chose, mais c'est tellement attendu de payer trop cher cette journée au nom de l'amour que je ne plie pas complètement au jeu de cet passion trop ponctuelle. Not for me, merci**. On s'est fait une fondue au fromage, suivie d'une fondue au chocolat. J'ai même poussé l'odieux ce jour-là, jusqu'à écouter (sans elle et tout seul, tôt le matin) un film d'Antonioni au titre parfaitement scandaleux quand on est en couple. Ce n'était pourtant qu'un plate hasard. Mais la suite allait aussi être teintée...

En allant m'entraîner (toujours tôt le matin), j'ai remarqué qu'il y avait plus de jeunes femmes qu'à l'habitude. Comme si quelques célibataires s'étaient dites: "Bon! je dois corriger mon célibat! Je dois me remettre en forme!". Deux d'entre elles me regardaient beaucoup au travers des miroirs et tentaient de faire un contact visuel avec moi. L'une de ces deux-là était une ancienne collègue de l'entrepôt du Vieux-Port. Elle s'est approchée de moi, mais je lui ai parlé en premier.

"Salut...t'es tu revenue habiter dans le coin?" (je savais que sa mère habitait près de chez nous, mais qu'elle habitait, elle, beaucoup plus au sud, à Montréal)

"Oui...ben...je suis retournée habiter chez ma mère pis j'ai pris un abonnement ici...tu suis les cours offerts gratuitement?"

"Nonon, j'essaie seulement de me donner une heure d'entrainement par jour quand je le peux"

"Ça parait, t'as l'air en forme, ça va bien tes contrats de traduction?"

"Ça pourrait toujours aller mieux, C'est un gagne-pain qui me fait acheter du pain cheap"

Après avoir jasé platement de l'entrepôt,  je ne savais trop quoi lui dire, je me suis surpris à échapper une des lignes les plus triviales des rencontres potentiellement amoureuse au monde.
C'était dit en totale innocence, sans arrières-pensées mais ça sonnait complètement corny. Je me suis entendu dire la phrase:

"Tu viens ici souvent?"

Elle a rosi, a souri, comme si je lui donnais rendez-vous, a baissé les yeux et m'a dit quand à peu près dans la semaine elle se trouvait au gym. Laissant derrière un parfum de flirt non intentionnel de ma part, qui semblait plus direct de la sienne.

L'absolue mauvaise interprétation.

Il m'a beaucoup semblé en tout cas.

Mais si j'ai bien compris, c'est aussi le propre du hipster d'être toujours dans un imbroglio relationnel quelque part.

Particulièrement entre homme et femme.

Je suis vraiment hispter.


*Il manque au clip, son meilleur moment, la réplique de Robin Williams suivant celle de celui qui dit qu'il exerce son droit de ne pas marcher, Williams lui répond: "Vous venez exactement d'illustrer mon point: nager contre le courant!". le clip aurait dû s'y arrêter.

** Vous faites toujours l'amour à 22h24 vous? zêtes plates, moi j'essaie de surprendre en tout temps,