jeudi 8 décembre 2016

Recentrer La Conversation

Tu t'appelle Rosetta
Je m'appelle Rosetta
Tu as trouvé du travail
Je me suis trouvé du travail
Tu as trouvé un ami
Je me suis fait un ami
Tu as une vie normale
J'ai une vie normale
Tu ne tomberas pas dans le trou
Je ne tomberai pas dans le trou. 
Bonne nuit
Bonne nuit.

C'est la formidable Émilie Dequenne dans le tout aussi formidable film des frères Dardenne,  Rosetta, qui se murmure pour elle-même, telle une prière, ces mots avant de s'endormir. Afin de recentrer la conversation sur sa vie de misère, prise entre une mère alcoolique sans le sou et son propre tempérament explosif et fougeux. Plus tard dans le film, un clin d'oeil à cette même scène est tout simplement...formidable (je manque d'adjectifs...je sais)
Les (formidables) Frères Dardenne filment beaucoup comme Ken Loach. Mais en français. Ils viennent de la même école (le documentaire) et s'intéressent aux même sujets (le regard sur ceux qui coulent et qui sont en mode survie). Il n'y a jamais de musique extradiégétique dans leur cinéma, pas même aux génériques. Une musique intradiégétique est une musique dont on voit la source à l'image. Une radio, un système de son, une télé, une musique qui fait parti des sons que l'on peut comprendre à l'image, qui a une explication visuelle dans l'histoire en cours. Une musique extradiégétique c'est souvent sur une scène triste et sentie, toujours dans un générique, et c'est cette musique qui vient appuyer la scène et nous diriger vers une émotion. Cette musique qui ne vous fait pas oublier que vous regarder un film. Dans un film des frères Dardenne, on oublie qu'on est dans un film. On est plongé dans une réalité. Toujours portée par des comédiens formidables. Tout ce qu'il y a de plus humbles. Mais compliqués aussi. Imparfaits, Humains. Faut voir pour comprendre. Mais je crois que vous voyez le genre.

On ne veux pas tous voir la même chose au cinéma. La plupart des gens veulent se sortir de l'étouffant quotidien et se faire transporter dans un ailleurs fantasmé qui leur piquera 2 heures de la couleur du jour pour leur offrir 2 heures de divertissements. Mais aller au cinéma, c'est aussi avoir une communion, une conversation avec son époque. Avec un sujet. Avec des réalités.

En allant voir American Sniper, je sympathise (ou pas) avec un militaire, champion du coup de fusil, dont je devrai épouser les valeurs. En allant voir Irréversible, j'accepte la proposition d'un réalisateur qui dit mollement "J'avais envie de filmer un viol". Etc.

Tous les films sont une proposition.

On a tous besoin de propositions différentes. Je sais que les films que j'aime ne conviennent pas à tous. Je suis exigeant par rapport aux films que je vois, J'en ai trop vu pour supporter certaines choses. L'amoureuse est nettement moins difficile. Elle est même championne du grand public. Si c'est populaire, ça doit être pas pire. Je suis le contrepoids critique. À deux, on s'équilibre. La semaine dernière, pendant que ma fille me tirait le bras pour suivre une série sur Netflix*, l'amoureuse a voulu se choisir un film sur une autre télé, toujours sur Netflix, à écouter toute seule. Honnêtement, on a dû passer au dessus de 100 films sans y trouver quoi que ce soit qui nous eût inspiré. RIEN. Je dis "on" parce que je l'ai aidé en tentant de l'informer sur certains films et je sais en gros ce qu'elle aime et ce qu'elle pourrait ne pas aimer du tout. La différence entre elle et moi c'est que, pour ma part, je sais toujours ce que je vais regarder, choisir, ou voir. Tandis qu'elle, se laisse inspirer de ce qu'on lui propose.

Et j'étais tout aussi sonné qu'elle que, sur plus de 100 films, je dirais que 80% nous était inconnu. Le cinéma ne nous parle plus.

Enfin, CE cinéma-là ne nous parlait affreusement pas. On a finalement misé sur un film sur Illicosans savoir que c'était tourné par Jean-Marc Vallée et que j'ai finalement écouté avec elle tard dans la nuit. Pas mal du tout comme proposition. Aurait fait un meilleur livre encore.

En revanche, en salle, le cinéma nous parle. Y a beaucoup de propositions qui nous intéressent dans le noir ces temps-ci. C'est la saison de généreuses livraisons cinématographiques. ArrivalEdge of Seventeen, Elle, L'Avenir. On ira voir Allied. Parce que Brad Pitt en Québécois, ça nous intrigue. Même si le simple fait qu'il incarne un Québécois confirme que cette histoire vraie l'est assurément très très peu. Mais on ira voir aussi parce que Marion Cotillard. En revisitant Rosetta des frères Dardenne. j'ai aussi visionné Deux Jours, Une Nuit des mêmes frères. Avec Marion Cotillard, incarnant sensiblement le même personnage que Rosetta, mais quelque 20 ans plus tard.

Cotillard devra un jour être placée aux côtés des Gabin, Montand, Signoret. Depardieu, Adjani.
Elle est titanesque. Dolan a eu la chance de travailler avec de l'or.

Mais y a surtout Manchester By the Sea qui nous intéressent. Et sur cette planète de zoufs, qui offre moins de conversations que de monologues sur Instagram, Facebook ou Twitter, DEUX SEULES SALLES présentent ce film qui propose beaucoup d'intelligence et de doigté.

2 !

Kenneth Lonergan tourne aussi la vie beaucoup plus que la fantaisie.
Il tourne l'Homme. Avec un grand H.

Mais les gens ne veulent pas beaucoup voir la vie. Ou les grands H.
Star Wars Rogue se prépare à effacer tous les titres mentionnés plus haut.

2 salles.

J'ai réécouté You Can Count On Me**, le premier (et admirable) film de Lonergan, que j'avais alors acheté tellement j'avais aimé. Et qui semble effleurer la même structure.

Question de faire passer l'indigestion.

Et afin de recentrer la conversation que j'ai avec le cinéma.
Qui ressemble de plus en plus à un monologue
Comme Rosetta dans son lit.
Face au mur
Face aux murs de sa vie.

Tu t'appelle Hunter Jones
Je m'appelle Hunter Jones
Tu n'es pas un personnage de BD
Je ne suis pas...

*Vous ai-je dit que cette saison 1 est formidable?
**Je remarque pour la première fois que Lonergan est en caméo dans le rôle du curé!

mercredi 7 décembre 2016

Ignorer L'Annonce

Radio-Canada, Télévision d'État, est en relation d'affaire, de par sa nature avec le pays.

La station a fait déposer une proposition de nouveau modèle d'affaires, la semaine dernière, à la triste triste ministre du patrimoine, la linotte Mélanie Joly.

En recevant la proposition, elle s'est aussitôt mis le pied dans la bouche et une poutre dans l'oeil. Elle a assuré que le dossier serait traité comme toutes les autres stations. Bien que ça fasse des jaloux un peu partout, surtout chez la concurrence, Radio-Canada ne peut pas être "traitée comme les autres", c'est une télévision d'État. Il n'y en qu'une seule au pays.

Mélanie Joly n'est déjà pas qualifiée pour lire ou comprendre la chose et le dossier n'est pas ouvert!

Dans ce modèle. on suggère entre autre d'augmenter la cotisation citoyenne à 12$ (deux locations sur Illico) par année. En échange, on supprimerait toute publicité à la télé et sur les plateformes numériques en se débarrassant du côté argent qui les enchaîne aux commanditaires. Vous imaginez maintenant le hockey si il y était encore? Ce serait extraordinaire. Plus de pauses de 3 minutes toutes les 8 minutes de diffusion de match. Et des matchs excitants du début à la fin!

Mais non, ne rêvons pas, le hockey est mort à Radio-Can.

L'idée est spectaculaire (pour nous) mais existe ailleurs. la Norvège, la BBC, la radio même de Radio-Canada, ici,  ce qu'on appelle connement Ici Radio-Canada Première Chaîne (plus long svp) fonctionnent merveilleusement sans publicités. C'est ce qui m'avait attiré vers la station autour de 1997. Je suis devenu parfaitement accro à Radio-Canada radio. Et 100% intolérant aux pubs des autres stations. La pub en général est un cancer pour moi. Je multiplie les efforts pour freiner le marketing aussi souvent que je le peux. On m'offre un article à l'effigie de la compagnie pour laquelle je travaille? Je pourrai passer des heures à effacer/modifier l'effigie en question. Mon site est perpétuellement sollicité (même par blogger) pour que j'y inclus de la pub parce que mes chiffres de fréquentation de blogue les séduisent. Enfin, flirtent avec leurs portefeuilles...

Aucun achat ne sera jamais requis ici. No worry.

Mais là où je voulais en venir c'est que la radio de Radio-Canada me séduit intensément. Je ne compte plus les fois où je suis resté assis dans ma voiture simplement pour terminer l'écoute d'une intervention en radio. J'entre dans ma voiture toujours un peu niaiseux, justement, parce que j'entre dans une auto où je ne marcherai pas, ni ne patinerai à roulette, ni ne ferai du bien à l'environnement d'aucune manière. Et j'en ressort toujours plus riche mentalement. Stimulé de tous mes sens. Par une qualité de contenu qui me plait beaucoup. Qui me fait rire. réfléchir, qui me fait me questionner, qui me fait rager, avec laquelle je ne suis pas d'accord, qui ne prend pas pour un idiot, m'éveille, qui me présente de nouveaux angles sur de vieilles vues. ME STIMULE DE TOUS LES SENS.

Parce qu'on y réunit des gens éclairés, mais aussi parce qu'on est jamais abrutis par des publicités.

Jamais. Et je m'en rends compte tout de suite quand je change de voiture ou qu'un ado a changé le poste. Je soupire davantage dès que l'argent  la pub se pointe.

Si vous fréquentez le site de V télé, la publicité vous rendra fou.

Alors vous pensez si cette idée m'a emballé quand je l'ai entendue!

Mais Mélanie Joly...

Mélinotte Joly...

Meulanie Jeuly...

Duaaaaaaaaaaargh!


Hubert Lacroix peut paraître comique quand il dit qu'il veut aussi dépolitiser Radio-Canada, honnêtement, cette bataille, il ne la gagnera pas. Comment dépolitiser celui qui vous paie et vous engage? L'État, c'est ton boss, Hubert. C'est toujours possible d'effacer l'effigie sur le stylo offert par la boîte, mais dépolitiser Radio-Canada...Comme dans refuser les minutes du patrimoine? Garde-toi au moins ceci comme monnaie d'échange, Hubert, tu leur demande de tourner le dos à l'argent. Et tu lui demande de nous exiger du cash de plus. C'est tellllllllllement subversif.
Personnellement, je ne prête aucune couleur politique à Radio-Can. J'y ai travaillé et y ai rencontré autant de souverainistes que de fédéralistes. Si il soulève le problème c'est probablement parce qu'il a senti de l'ingérence de la part des partis politiques. Et avec Stephen Harper, il a carrément été intimidé. Voilà pourquoi il parle de "dépolitiser" Radio-Can. Mais si il laisse le bois mort, mort, personne ne s'en souciera.

Reste que la seule idée de couper la pub serait tout simplement extraordinaire. Vraiment.

Dites-moi que vous ne cliquer jamais sur "ignorer l'annonce" quand vous en avez la chance?

Voilà une télévision qui nous ferait un grand bien.

Et qui dans mon cas, le faisait déjà un peu.

J'ai beaucoup plus que 12$ pour ça.


mardi 6 décembre 2016

Marcel Mordekhaï Gottlieb (1934-2016)

Nés de parents émigrés juifs hongrois à Paris, son père est arrêté par la police française sous occupation en 1942 et envoyé en camps de concentration. Il n'en reviendra jamais. Prévenue d'une rafle allemande, la mère du petit Marcel réussit à le cacher, lui et sa soeur,  chez un agriculteur. La mère disparaît toutefois, elle aussi. En orphelinat, il découvre "les filles du sexe opposé" et confessera ce moment de sa vie, plus tard, dans un livre appelé J'existe, Je Me Suis Rencontré.

Marcel travaille à l'Office Commercial Pharmaceutique tout en suivant des cours du soir à l'École Supérieure des Arts Appliqués Duppéré. Il se trouve une place comme lettreur chez Opera Mundi qu'il quittera à son retour de son service militaire de 28 mois.

Il tente sa chance comme dessinateur pour des contes, des albums à colorier, des livres pour enfants.

Il se développe en BD vers 1962, dans le journal Vaillant. et créé Gilou, Klop, Puck & Poil, Nanar, Jujube & Piette. Cette dernière série durera 6 ans, et fera naître le personnage de Gai-Luron dont la publication se poursuivra quand Vaillant devient Pif Gadget jusqu'en 1971. C'est par Pif Gadget, acheté à la Pharmacie Demers, que Gotlib entre dans ma vie.

Dans les années 60, il créé dans le périodique Records, le personnage du Professeur Frédéric Rosbif dont certaines idées seront aussi empruntées pour le personnage futur du Professeur Burp dans Rubrique-à-Brac. Il fait toujours de l'illustration de livres pour enfants. Il entre en 1965 au journal Pilote. Goscinny l'adore et ensemble, ils créent les Dingodossiers. C'est lui qui lui donne le go pour des albums en solos et naissent les Rubrique-à-Brac, petite révolution dans l'univers de la BD et dans ma vie d'enfant (bien que découvert dans les années 70-80) .   Son humour intellectuel et caustique, ses gags expressifs, l'intelligence des scénarios de Goscinny, RAB changent nos vies.

Il animera, avec Goscinny, Gébé et Fred, 13 émissions de radio sur Europe 1 entre 1969 et 1970.

En 1972, un ami de Gotlib, Nikita Madryka, se voit refuser son Concombre Masqué par Goscinny, rédacteur en chef de Pilote. Avec l'aide de Claire Brétécher, Madryka et Gotlib fondent L'Écho des Savanes. Gotlib voit son style changer. Il expérimente au niveau des scénarios, en rajoute sur les expressions faciales de ses personnages, devient un peu scatologique, absurde c'est certain, sexuel aussi. Ses gags sont parfois présentés en crescendo d'absurdité. C'est 100% burlesque.

En 1974, il dessine pour les Monty Python.

En 1975, il lance son magazine Fluide Glacial, magazine d'Umour et de bandessinées avec un ami d'enfance. La même année, il co-scénarise un film pour Patrice Leconte, Coluche et Jean Rochefort. Il fera aussi l'acteur au moins 8 fois entre 1970 et 2006.

Depuis Fluide Glacial, il lance des BD diverses: Gai-Luron, Rhââ Lovely, Pervers Pépère, Superdupont, Dans la Joie Jusqu'au Cou.

À partir de 1980, il se consacre presqu'exclusivement à la ligne éditoriale de Fluide Glacial. Il redessinera ici et là, en publicité entre autre, mais peu à peu, pose son crayon. Il cède en 1995, la plupart de ses possessions d'édition, mais publie de temps à autres des éditoriaux. On y découvre un style littéraire remarquable que la BD ne servait pas tant que ça.

En 1982, il co-signe l'affiche du film Elle Voit Des Nains Partout!.

Même si ses personnages sont complexes, les décors sont souvent forts simples. Avec Goscinny, celui-ci exigeait du décor, mais c'est frappant de voir l'absence de décor à partir des Rubrique-à-Brac. La coccinelle est née de cette absence de décor, afin de boucher les trous des cases. Si les personnages sont réalistes, les traits des visages sont fortement exagérés. L'humoriste Michel Courtemanche est un élève direct de ces personnages. Gotlib est parmi les premiers dessinateurs de BD à faire éclater les cases de BD pour que les personnages en sortent.  Même si certains personnages reviennent régulièrement, il n'y a pas vraiment de personnage principal. L'histoire d'Issac Newton et de sa pomme qui lui aurait fait découvrir la loi de la gravité est déclinée de toutes les manières les plus grotesques possibles. Les brocolis sont omniprésent. La blague du fou qui repeint son plafond ne sera jamais complète et toujours contée.

Maître de l'humour noir (tout comme Goscinny), et grand amoureux de l'Amérique, dont les références seront nombreuses et toucheront nos cordes facilement, ceci lui a permis d'aborder des thèmes qui lui étaient chers, tout en se discréditant lui-même, en parlant d'humour fin et sophistiqué, avant de plonger dans l'absurde et le cabotin.

Les références littéraires, cinématographiques et autres sont multiples et il a cité ou dessiné des dizaines et des dizaines d'artistes, passant de Woody Allen à Frank Zappa en oubliant ni Gainsbourg, ni les frères Marx, ni non plus Dali, Adjani ou Bruce Lee.

L'astéroïde 184878 a été nommé Gotlib pour lui.

En 1993, une série sur Canal Plus honore la coccinelle de Gotlib et l'auteur.

Bien qu'il ne dessine plus vraiment depuis déjà plus de 30 ans, mon coeur d'enfant a saigné un peu dimanche et est en liesse.

Gotlib est décédé dimanche à l'âge de 82 ans.

Merci la vie pour Marcel Gotlib.

Tu auras été un stimulant pour ma curiosité, une inspiration pour mes coups de crayons et mes blagues entre amis, un apaisant pour ma ratte, un amour certain de la vie m'est né de ta folie.

lundi 5 décembre 2016

Jean-Louis Trintignant

Jean-Louis naît dans le Vaucluse et, enfant projette de devenir pilote automobile comme son célèbre oncle Maurice Trintingnant.

À 14 ans, il se passionne pour la poésie de Jacques Prévert. Passion qui l'habitera toute sa vie comme l'oeuvre d'Aragon ou d'Apollinaire. À 19 ans il assiste à une représentation de L'Avare de Molière et, séduit, abandonne ses études pour suivre des cours de théâtre. Il monte sur scène deux ans plus tard tout en suivant des cours de réalisation cinématographique. À 23 ans, il épouse l'actrice Stéphane Audran duquel il divorcera 2 ans plus tard, ayant une aventure avec Brigitte Bardot sur le tournage de Et Dieu...Créa La Femme de Roger Vadim, alors mari de Bardot, dont le couple implosera. Le film fait connaître Trintignant (mais surtout Bardot) à travers le monde.

Pourtant il disparaît puisqu'il fait son service militaire et sert dans le conflit de la guerre d'Algérie. Il fera tout pour être réformé, mais sans succès. Il y reste jusqu'en 1962. En permission, il tourne tout de même. Avec Vadim encore, Gance, Franju, Hossein, Démy ou Cavalier. Il tourne dans pas moins de 40 films dans les seules années 60. Avec Jean-Louis-Richard, Costa-Gavras (deux fois), Robbe-Grillet (deux fois), Clément, Chabrol, Rohmer. Il tourne aussi sous la direction de celle qu'il a épousée en 1961 Nadine Marquand. Ensemble, ils auront trois enfants, Marie, Pauline et Vincent.

C'est en 1966 que son visage fait encore le tour du monde. Claude Lelouch le choisit parce qu'il maitrise le métier de pilote de course. Un Homme et Une Femme rafle toute sorte de prix internationaux dont une Palme à Cannes et deux Oscars aux États-Unis. J-L est aussi populaire en Italieles comédies italiennes lui font la part belle. Il brille également au théâtre. Trintignant gagne un prix d'interprétation pour Z en 1969 et enchaîne des films politiques et des rôles d'antihéros à la voix suave, tourmentée et sarcastique. Sa voix sera toujours sollicitée pour des voix off.

Il commence les années 70 très fort avec son rôle préféré pour Bertolucci. Celui-ci lui offrira le rôle premier dans Le Dernier Tango à Paris, qu'il refusera et qui échouera à Marlon Brando. Il rejoue avec Lelouch, tourne toujours avec Nadine, est toujours de mêche avec Robbe-Grillet, tourne toujours en Italie, tourne avec Delon pour Enrico et tourne même ses deux premiers films comme réalisateur qui seront d'horribles échecs. Ce seront aussi ces derniers de ce côté de la caméra. Il tourne 30 films en 10 ans. Mais 1970 marque aussi la mort de la fille de Nadine et Jean-Louis, Pauline. En allant l'embrasser dans sa bassinette de bébé. ils la découvrent morte. Ils en sont bien entendu atterrés. Ils choisissent de s'investir davantage auprès de Marie.  Jean-Louis développant une grande complicité avec Marie, l'amenant même dans le métier sur scène et au cinéma. Il se perfectionne comme pilote de course automobile aussi. La vitesse contrôlée lui change les idées.

Il tourne 28 autres films dans les années 80. Avec Berri, Scola (trois fois), Deville (c'était déjà la seconde fois), Truffaut, Aux États-Unis, avec Lelouch (trois autres fois), Téchiné, Szabo Wargnier, Tanner et bien sur Nadine. En 1984 il participe au rallye de Monte-Carlo. Lassé par le cinéma, maintenant à 50 ans, il se retire dans le Gard pour vivre en harmonie avec la nature.

Dans les années 90, il se plait à jouer des personnages solitaires (ce qu'il est devenu) misanthropes et cyniques. Il est hantant dans le dernier volet de la trilogie de Kieslowski, Trois Couleurs; Rouge. Il sera aussi des deux premiers films de Jacques Audiard, tournera avec Jeunet & Caro et sera de Fiesta de Pierre Boutron. Il privilégie le théâtre et la narration sur disque pendant la fin des années 90, faisant une exception pour Chéreau en 1998. Rares sont ses mauvais choix. Il devient producteur de vin et fait dessiner ses bouteilles par un ami pour lequel il tourne deux fois dans ses deux premiers films: Enki Bilal. Ses vins seront un grand succès.

En 2003, avec Marie, dont la carrière a joliment fleurie, il, lit des poèmes d'Apollinaire sur scène. Cette même année, Marie est battue à mort par Bertrand Cantat en Lituanie suite à une crise de jalousie et de beaucoup trop d'intoxication. Nadine et Jean-Louis ne s'en remettront jamais.

Peut-on, vraiment?

Jean-Louis prendra 8 ans avant de redevenir public. Il monte sur les planches pour y lire Vian, Prévert et Desnos. Voyant un film de Micheal Haneke, il est époustouflé et tient absolument à tourner avec lui. Haneke le choisit pour tourner Amour, qui sera primé absolument partout dans le monde et ses deux mythiques interprètes, Jean-Louis et Emmanuelle Riva aussi.

Séduit par l'idée de l'anarchie, même si il sait qu'on ne sauvera pas le monde avec, il aura été communiste mou et socialiste relâché.

Jean-Louis Trintignant aura 86 ans dimanche prochain.

dimanche 4 décembre 2016

La Justice Québécoise & Son Genou au Sol

Le Québec est petit.

Mais remarquable, parce que justement si petit, perdu dans une Amérique du Nord très lourdement anglophone et qui serait par la suite espagnole avant d'être francophone, qu'il en devient aussi grand.

Le Québec est admirable d'indépendance. Il se gère tout seul en culture, en législation administrative de la justice, en santé, en éducation, en droit privé, en distribution d'énergie, en cablodistribution, en pharmaceutique, en technologie de l'information, en gestion des alcools, en alimentation, bref à de très nombreux niveaux, le Québec se plie aux règles canadiennes, mais ne compte pas nécessairement sur le Canada pour se suffire.

Mais dans sa petitesse, le Québec faillit quelques fois.
Nous ne sommes qu'un peu plus de 8 millions.
Pas même la population de l'État de Washington.
(12 États sont plus populeux (mais plus petits en surface) que le Québec:Virginie, Californie, Texas, Pennsylvanie, Ohio.Floride, New York, New Jersey, Illinois, Georgie, Caroline du Nord et Michigan)

Ma loupe se plante sur la justice d'ici aujourd'hui.

Une femme, tout ce qu'il y a de plus simple, ça ne pourrait pas être vous, C'EST vous.  La mère d'une belle grande fille, revient du travail. Elle est mangée par un chien.

Relisez cette ligne.

Mangée par un chien.

Elle en meurt. Tout simplement en rentrant chez elle. Quand un passant découvre ce qu'il reste de la pauvre femme, il ne reconnait même pas un humain, il pense à une poupée. Nous sommes propriétaires de bêtes capable de tuer de purs innocents. Nous sommes aussi idiots que le propriétaire d'arme qui garde son fusil chargé et le promène partout.

La semaine dernière, quand la couronne a choisit de ne pas poursuivre le propriétaire du chien assassin, l'avocate du propriétaire (une propriétaire de chien, assurément) a ajouté l'insulte à l'injure.Elle a gravement souligné que la perte de l'animal de compagnie était une situation abominable. Qu'il perdait lui aussi, un membre de sa famille.

On choisit, en cour, de traiter le chien comme l'égal de l'homme.

Je suis assurément sur la mauvaise planète.

Le chien serait l'égal de l'homme. Rien n'est plus injuste sur terre que cette mort gratuite d'une femme revenant simplement du travail. Rien. Cette femme n'était qu'au mauvais endroit au mauvais moment. Face à un mauvais animal. Un animal qui avait et aura toujours le pouvoir de tuer.

Et on s'inquiète du proprio et de son chien perdu.

Impossible de ne pas avoir l'impression d'avoir été fouetté à brides abattues en entendant la chose.

Le message est clair: l'homme est un animal. Mais surtout l'animal est un homme.

Puis, dès le lendemain. Gilles Vaillancourt. Et la possible sentence.

Ce n'est pas la durée qui fait mal. Je ne sais même pas combien de temps il devrait faire pour avoir été le chef d'orchestre d'un vaste empire d'escroquerie municipale. Ce qui tue c'est pourquoi, un rat de cette espèce, qui ne s'excuse en rien et qui tente de faire croire, dans sa tête désillusoire, qu'il a escroqué Laval pour son bien, pourquoi dis-je bien, un ripoux manipulateur de la sorte à il eu droit de négocier sa sentence? À cause des délais déraisonnables de la cause ou parce qu'il a plaidé coupable, l'accusation de gangstérisme, qui l'aurait placé à l'ombre pour toujours, a été suspendue.

Vincent Lacroix a escroqué et volé les économies d'investisseurs d'ici pour 100 millions et écopé de 18 ans de prison. Il en aura fait 3.

Earl Jones a fraudé ses investisseurs et a écopé de 11 ans. Il est sorti 4 ans plus tard.

Ronald Weinberg, qui a volé des auteurs pendant des années, commence une sentence de 9 ans depuis juin.  On pourra surement le croisé dans 2 ans et demi au Centre Bell ou au Festival de Jazz.

Claude Robinson a gagné sa cause contre Weinberg, mais celui-ci ne l'a jamais payé. Et ne le fera probablement jamais. Comme Gilles, qui mourra bien avant de rembourser quoi que ce soit. N'ayez crainte, il ne paiera pas les 8,5 millions qu'il est condamné à rembourser. Il n'en aura pas le temps et n'en a pas du tout la volonté.

Gilles Vaillancourt, arrogant, fier crosseur, incarnation de l'escroc fait face à 1 ans de prison. Pour 15 ans de crosse.

Probablement dans le pavillon Guy Cloutier du Palais des manches à balai.

Là. où les repas sont de meilleure qualité. Là où il pourra encore négocier.
Comme seuls les rats trouvent leur route dans la vermine.

Pourquoi a -t-il eu le droit de négocier quoi que ce soit? Pourquoi?

Il n'aura jamais été maire d'une ville,
mais plutôt père du vil.

Depuis l'annonce son châtiment à rabais, on tente de corriger tout ce qui est décrié depuis au moins 2009. L'abyssale lenteur des procédures législatives. Les ressources sont criantes d'insuffisances.

Et ça contingentait déraisonnablement pour ma génération en médecine et en droit lorsque nous étions étudiants...

Le message est clair: le crime paie.
Ne te fais juste pas coincer. Et si tel est le cas: négocie.

Le sentiment de trahison est absolu

samedi 3 décembre 2016

Hommes De Main Chez Bob Marley

"The thing about a thug is he can only think small"

Bombocloth.

La Jamaïque est malheureusement un pays plutôt corrompu. Mené par une vingtaine de familles de puissants qui se partagent les régions depuis 1962. L'indice de corruption varie d'années en années mais entre 1966 et 1991, les influences et ingérences politiques ainsi que les gangs dans le trafic de produits illicites faisaient bon ménage.

Dans les années 70, il manquait d'à peu près tout. Pâte à dents, confitures, papiers de toilettes, produits essentiels. Les tablettes étaient vides. Dix ans après l'indépendance Jamaicaine, en 1972, le pays était dans la dèche.

Le Parti National du Peuple (PNP) de Micheal Manley prend le pouvoir, remplaçant le Jamaica Labour Party (JLP) qui sévit depuis une génération et qui a même construit son propre quartier d'alliés: Tavares Garden. Un autre quartier, pauvre et peuplé de Rastafaris, avait aussi été géré par le ministère du logement du JLP afin de devenir Tivoli Garden sous l'idée: un logement = un vote. L'intimidation et le crime faisant aussi parti des stratégies électorales.

La plupart des Rastafaris ont été évincés de Tivoli Garden, prêtant alors aussitôt allégeance au PNP de Micheal Manley.

Une fois le PNP au pouvoir en 1972, celui-ci construit sa réplique de Tivoli Gardens: Amett Gardens. Ce faisant, le PNP commettait la même erreur d'évincer des locaux qui se retournaient automatiquement contre eux.

Les deux "jardins" étaient plutôt des "jungles concrètes". Avec ses lois improvisées à même la rue.
Manley, un socialiste, inquiétait les États-Unis de Kissinger Nixon qui y voyait un potenteil futur Cuba. Ils avaient donc infiltré des membres de la CIA au sein du JLP afin de leur faire gagner leurs prochaines élections prévues en 1976.

Winston Blake dit "Burry Boy" et son homme de main, George "Feathermop" Spence étaient tous deux les leaders des gangs pro-Manley, pro-PNP. Ils circulaient principalement en scooter et n'hésitaient pas à faire régner la terreur là où on était pas clairement PNP.
Soutenu politiquement par Manley, les deux criminels ont pu opérer leur business de drogue et de prostitution sans jamais être inquiétés puisqu'ils assuraient la sécurité de la Présidence. Ils s'en tiraient avec des histoires de meurtres sans soucis.

Corruption à l'état brut.

Dès 1974, Burry Boy & Feathermop règnent en rois et maître dans leur empire. Ils assassinent des partisans du JLP, attaquent des gens en train de veiller un mort (un autre activiste du JLP) et harcèlent violemment les loyalistes du JLP lors de rassemblements.

Ceux-ci leurs rendront la pareil par la suite.

Ils étaient ce que l'on appelaient des "political mobsters".

Claude Massop (et avant lui Lester Lloyd Coke), un criminel alors dans la vingtaine, est le leader de l'équivalent de la bande à Burry Boy et Feathermop: la Shower Posse Gang à Tivoli Garden, tous partisans de l'autre clan, celui du JLP.

Des carnages politiques, ethniques, personnels, d'affaire ont lieu entre les deux clans toutes les années 70.

Burry Boy & Feathermop sont si importants pour Manley qu'ils seront du voyage de celui-ci à Cuba, voyage qui soulève des questions et attirera l'attention des États-Unis.

En 1976, Bob Marley est la superstar internationale que l'on connait aujourd'hui. Il est en revanche, vivant. Il est Jamaïcain d'origine et reste très conscient des problèmes dans les rues de son pays d'origine. Il y comptent encore beaucoup d'amis. Mais quand on est une star, un demi-Dieu comme lui à ce moment charnière de l'histoire, un paquet "d'amis improvisés" se greffent à vous.  On veut que les gens associent le succès qu'est Marley à soi-même.
Parmi ces "nouveaux amis" Micheal Manley, qui, lorsque Bob Marley annonce qu'il fera un concert pour la paix dans les rues en Jamaïque, choisit de devancer les dates des élections et de les rapprocher davantage à la date de son concert. En putain professionnelle. Bien que Marley soit obligé de piquer quelques colères afin d'expliquer aux membres des deux partis qu'il ne représentera ni l'un, ni l'autre sinon la paix, le plan de Micheal Manley fonctionne à merveille.  On l'associe à Bob Marley et il est en bonne avance sur son rival du JLP.

Ça ne passe pas bien pour la bande à Claude Massop.

7 d'entre eux, dans deux voitures différentes, choisissent d'entrer sur le site où logent Marley, ses amis, sa famille et son gérant. À l'entrée, supposément gardée mais dont les deux gardiens ont été soudoyés, une première voiture croise celle de la femme de Marley. On tire sur celle-ci, l'effleurant à la calotte crânienne. On entre dans la maison où Marley et son band sont en pause entre deux morceaux qu'ils pratiquaient pour le spectacle deux jours plus tard. On trouve Marley dans la cuisine avec son gérant. On lui tire dessus. Don Taylor, son gérant, réussit à pousser Marley au sol et malgré 56 balles tirées, une seule se loge dans le bras de Marley et 4 dans le corps de Taylor. Tout le monde survivra.

Sauf probablement les 7 (minables) tireurs.

L'affaire fait la une des journaux dès le lendemain matin, mais on étouffera tout ça bien assez vite. l'affaire est trop près des leaders politiques. Marley refuse qu'on lui retire la balle du bras car il y aurait risque de problèmes à la main qui l'empêcherait de jouer de la guitare à nouveau. Il donne son concert deux jours plus tard sans y faire allusion. Il connait certains tireurs. Massop entre autre qui est celui qui lui a tiré dessus. Marley revient même 2 ans plus tard avec un titre plus clair pour son concert encore: le One Love Peace Concert. Quand Marley décède du cancer 5 ans plus tard, il a encore la balle dans le bras.

Massop est assassiné tué par la police le jour de mes 7 ans.

Dans la campagne électorale de 1980 seulement, on parlera de 800 morts, répartis entre les deux clans.

Marlon James raconte une "fiction" autour l'agression contre Marley, des gens qui composaient la jungle concrète de l'époque et surtout fait une plongée dans la Jamaïque entre 1966 et 1991 dans un roman de 686 pages, à saveur de Godfather,

Roman epic dont HBO a acheté les droits d'adaptation pour la télé.

J'ai lu.
Dans un été que je me suis peuplé de musiques de Sean Paul.
Ça m'a beaucoup plu
Écrivant devant des exploits d'Usian Bolt.

On tirait sur Bob Marley et son entourage aujourd'hui, il y a 40 ans.