samedi 29 avril 2017

Le Fruit Ultime, Le Vieux Pommier Dégeulasse et La Pomme

La racine d'une France honteuse, s'est manifestée il y à peine quelques années, quand ils ont investi les rues afin de dénoncer le mariage homosexuel.

Ce qui avait autant de valeur que de dénoncer la mort de Jimi Hendrix.

Les homosexuels qui se marient ne vous enlèvent absolument rien, bande de pleutres. Ce n'est même strictement pas de vos affaires. Discute-t-on de votre impotence? Laissez les amoureux aimer. Quand ces marches de la honte son nées en France, Marine Le Pen et son triste père ont pris leur envol. Leur haine, leur jalousie, leur méfiance face à celui ou celle qui aime,  avait maintenant un écho. Il est assez facile de voir un fil conducteur entre la haine du terroriste et celle du Front National.

Xavier Jugelé a été tué par un absolu désaxé français, le 20 avril dernier. Jugelé était un policier modèle. Un amoureux modèle aussi. Son compagnon était Etienne Cardiles. Un homme. Qu'il avait même marié. La femme qui présentait Étienne avant son allocution suite à l'assassinat de son copain a même semblé hésiter en disant A...avant de rétracter et de dire conjoint de Monsieur Xavier Jugelé.
A comme Ami...ou Amoureux.

Xavier, 
Jeudi matin, comme de coutume, je suis parti travailler et tu dormais encore. Nous avons échangé au fil de la journée sur nos projets de vacances, dans un pays si lointain, que tu m'avais dit, très impatient, et que tu n'avais jamais été aussi loin. Des détails de visa, nos préoccupations d'hébergement envahissaient nos messages d'une frénésie d'autant plus joyeuse que nos billets d'avion étaient réservés depuis mardi. Tu as pris ton service à 14h, dans cette tenu de maintient de l'ordre, dont tu prenais tant soin. Parce que ta présentation devait être irréprochable. Tes camarades et toi aviez reçu la mission de rejoindre le commissariat du 8ème arrondissement, où vous deviez, comme si souvent, assurer la sécurité du public sur cette belle avenue des Champs-Elysées. On t'as désigné comme point de stationnement le 102, avenue des Champs Élysées, devant l'institut culturel de Turquie. Ce type de mission, te plaisais, je le sais. Parce que c'était les Champs et l'image de la France. Parce que c'était aussi la culture que vous protégiez. 
À cet instant, à cet endroit, le pire est arrivé. Pour toi et tes camarades. Un de ses évènements que chacun redoute et dont tous espère qu'il n'arrivera jamais. Tu as été emporté sur le coup. Et je remercie ta bonne étoile. Tes camarades ont été blessés, l'un d'eux gravement, Ils se remettent progressivement et nous en sommes soulagés. Tous ont été choqués. 
Je suis rentré le soir, sans toi. Avec une douleur extrême et profonde, qui s'apaisera peut-être un jour, je l'ignore. Cette douleur m'a donné le sentiment d'être plus proche que jamais de tes camarades qui souffrent. Comme toi, silencieusement. Comme moi, silencieusement. Et pour ce qui me concerne, Je souffre sans lui. J'emprunte cette formule à Antoine Lérisse, dont l'immense sagesse face à la douleur a tant fait mon admiration que j'avait lues et relues ses lignes, il y a quelques mois. c'est une leçon de vie qui m'avait fait tant grandir qu'elle me protège aujourd'hui, lorsque sont parus les premiers messages informant les Parisiens qu'un évènement grave était en cours sur les Champs-Élysées et qu'un policier avait perdu la vie, une petite voix m'a dit que c'était toi. Et elle m'a rappelée cette formule généreuse et guérisseuse:
"Vous n'aurez pas ma haine" 
Cette haine, Xavier, je ne l'ai pas car elle ne te ressemble pas. Parce qu'elle ne correspond en rien à ce qui faisait battre ton coeur, ni ce qui avait fait de toi un gendarme, puis, un gardien de la paix. Parce que l'intérêt général, le service des autres, la protection de tous, faisant parti de ton éducation et de tes convictions, et que la tolérance, le dialogue et la tempérance étaient tes meilleures armes. Parce que derrière le policier, il y avait l'homme et qu'on ne devient policier ou gendarme que par choix. Le choix de protéger les autres, d'aider les uns les autres et de lutter contre les injustices. Cette mission noble que la police et la gendarmerie assurent et qui sont régulièrement mises à mal, moi, en tant que citoyen, avant même de te connaître, je l'admirais déjà. Cette profession de policier est la seule à laquelle la déclarations des droits de l'homme et du citoyen fasse allusion. Dans son article 12 elle indique cette évidence: "la garantie des droits de l'homme et du citoyen nécessite une force publique." Avec une précision utile, en cette période politique importante, cette force est instituée pour l'avantage de tous et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée. C'était cette vision que nous partagions de cette profession, mais une facette seulement de l'homme que tu étais. 
L'autre facette de l'homme était un monde de culture et de joie où le cinéma et la musique prenaient une immense part. 5 séances de cinéma dans une magnifique journée ensoleillée d'août ne te faisaient pas peur. Et bien entendu les versions originales étaient privilégiées, pour le puriste que tu étais et pour cette langue, l'anglais, que tu voulais parler à la perfection. Tu enchaînais les concerts, suivant parfois les artistes sur une tournée complète. Céline Dion était ton étoile, Zazie, Madonna ou Britney Spears et tant d'autres faisaient vibrer nos fenêtres. Le théâtre te transportait et tu le vivais pleinement. Aucune expérience culturelle ne te faisait reculer. Le pire des films était vu le jour de sa sortie. Jusqu'au bout. Quelle que soit sa qualité. Une vie de joies et d'immenses sourires, où l'amour et la tolérance régnaient en maîtres incontestés. 
Cette vie de star, tu la quitte comme une star. Je voudrais dire à tous tes camarades combien je suis proche d'eux. Je voudrais dire à ta hiérarchie policière combien j'ai vu la sincérité dans ses yeux et l'humanité dans ses gestes. Je voudrais dire à tous ceux qui luttent pour éviter que ces évènements se produisent que je connais leur culpabilité et leur sentiment d'échec et qu'ils doivent continuer à lutter pour la paix. Je voudrais dire à tous ceux qui nous ont témoigné leur affection, à ses parents et à moi, que nous y avons été profondément sensible. Je voudrais dire à ta famille que nous sommes unis. Et à tous les plus proches, qui ont été si soucieux de moi, qui ont été si soucieux de nous, qu'ils sont magnifiquement dignes de toi. 
À toi je voudrais dire que tu vas rester dans mon coeur pour toujours. 
Je t'aime.
Restons tous dignes. 
Et veillons à la paix.
Et gardons la paix.

Ceci est l'intégral du discours d'Étienne Cardiles amoureux du sacrifié.
Vous y lisez quelque chose de choquant, vous?
7 minutes 26 secondes d'Amour avec un grand A.
A comme Ark pour certains.

Jean-Marie Le Pen, racine de l'intolérance, a trouvé le moyen d'être choqué par les propos de l'amoureux, les trouvant plutôt hommage à l'homosexuel qu'au policier.

Jean-Marie voit le titre avant l'homme. Ça en dit long sur la pourriture que sa race représente.
Jean-Marie Le Pen a trouvé le moyen d'être choqué par l'amour, la dignité et la tolérance.
Qui lui sont peut-être inconnus.

Jean-Marie, père de Marine.
Marine, a eu l'intelligence de ne pas en remettre sur les propos de son ordure de père et de se contenter de dire que l'hommage était très digne.

Sur 50 pays d'Europe, il n'y en a que 28 qui ont accepté le mariage de conjoint de même sexe et 7 des 9 pays dépendants ont fait la même chose.  La France a été le 14ème pays à le faire en 2013.

François Hollande aura été un historique président impopulaire, mais voilà une décision qu'il aura prise qui lui redonnera du lustre pour les siècles à venir.

À moins que Marine en mai...

La haine des Le Pen fait pitié à voir.

L'ignorance est ténèbre et cécité.

vendredi 28 avril 2017

À La Recherche Du Temps Perdu*************************Les Bienveillantes de Jonathan Littell

Lire c'est penser, prier, parler à un ami, entendre la voix d'un autre, l'écouter, c'est se confesser, exprimer ses idées, forger les siennes, les confronter, c'est écouter de la musique, suivre un rythme, vivre des moeurs qui ne sont pas les nôtres, adverses ou nouvelles, c'est explorer sous une nouvelle lumière, c'est s'ouvrir les sens et en agrandir l'espace. C'est découvrir de nouveaux angles, marcher sur une plage de la vie s'ouvrant sur le monde et les gens qui le compose. Lire c'est apprendre la vie par les yeux, par la tête et le coeur. Lire c'est la vie des autres et la sienne aussi.

Chaque mois, vers la fin, je vous entretiens d'un livre qui m'a bouleversé par son auteur, son contenu, son sujet, parfois les trois. J'essaie de vous dire pourquoi.

J'ai toujours un livre ou deux à la main. Lire, c'est un peu aussi mon métier.

Lire pour moi, c'est apprendre à mieux respirer.

LES BIENVEILLANTES de JONATHAN LITTELL

Grand prix du roman de l'Académie française de 2006, c'est sur cette seule base que j'avais acheté, dans un moment de noirceur mentale, la brique de 1403 pages en 2009. Je l'avais lue en très peu de temps. Totalement absorbé par cette histoire en 7 parties, du durée inégales, racontant Maximillien Aue, officier SS ayant participé aux massacres de masse nazis, et la chronologie morbide de la guerre sur le front de l'Est, dans la Seconde Guerre Mondiale, de la Shoah par balles en 1941 aux camps d'extermination des juifs, en passant par la bataille de Stalingrad pour s'achever sur la chute de Berlin en 1945. On suit le manque de remords de Max, ses crimes, les jeux de pouvoirs, la saleté de la guerre.

Le livre a été inspiré à Littell par une photographie (attention: graphique) de Zoya Kosmodemianskaya, partisane russe assassinée par les nazis, par le documentaire fleuve de Lanzmann sur la Shoah,  et la lecture de Raul Hilberg et David Rousset. Il s'est aussi rendu au Caucase, en Urkaine, à Stalingrad, en Pologne, en poméranie afin de goûter les lieux et s'imprégner de l'univers de l'action de son livre. Comme travailleur humanitaire, il a aussi été sur place pour les conflits en Boznie-Herzégovine et en Tchétchénie. Il s'est aussi plongé deux longues années dans les archives sur la Seconde Guerre Mondiale, afin d'y inclure le plus de situations réelles dans ses moments de fictions. Une manière qu'utilisait son propre père, écrivain lui aussi, dans son livre, entre autre, sur l'espionnage et les premières années de la CIA, The Company.

Le personnage de Max Aue est suivi de l'âge de 25 à 31 ans. Il assume pleinement son engagement nazi et y participe aussi. On suit les rouages de la solution finale et sa bureaucratie. max veut naïvement faire travailler les prisonniers de guerre, ce qui obligerait de meilleures rations alimentaires pour les garder en vie, et qui détonne de l'attitude des SS qui préfèrent les affamer, les massacrer et les affaiblir. Les 7 parties du roman son titrés de morceaux de Jean-Philippe Rameau, musicien apprécié de Littell.

La partie 1 (Tocatta) est une sorte de prologue Faustien qui nous présente le personnage, fier nazis, croyant en la mission nazie jusqu'au bout, aujourd'hui (probablement dans les années 70) industriel spécialisé en France, sous une fausse identité. Les nazis n'ont jamais été des bourreaux pour lui, mais bien des frères humains.

La partie 2 (Allemande I & II) suit Aue dans les batailles en Ukraine, en Crimée, dans le Caucase et les massacres qui s'y produisent à ciel ouvert contre les Juifs et les Bolchéviques. Suite à un affront à ses supérieurs, il est envoyé en punition à Stalingrad, où on prévoit une lourde défaite, ce qui équivaut à une condamnation à mort de Aue.

La partie 3 (Courante) Siège de Stalingrad.  Aue échappe à la défaite de Stalingrad même si une blessure aurait dû lui être fatale.

La partie 4 (Sarabande) Convalescence de Aue et présentation d'une partie de sa famille.

La partie 5 (Menuet en Rondeaux) Chapître le plus long du roman qui présente Aue travaillant auprès d'Himmler, Eichmann et Speer. La mort des prisonniers n'est jamais moralement discutable pour Aue, mais une erreur selon lui. Ce n'est pas un crime dans son esprit. C'est simplemenent une mauvaise stratégie de guerre. La mère de Aue ayant été assassinée, 2 policiers détectives harcèlent Aue, le croyant matricide.

La partie 6 (Air) Aue rejoint sa soeur et son beau-frère, se livre à des obsessions sexuelles en solitaire, chapitre court et onirique ou l'alimentation et l'alcool offrent de nouvelles vertus au narrateur.

La partie finale (Gigue) raconte la fuite suite à l'avancée soviétique, le séjour dans Berlin assiégée, Aue quitte pour la France, son billinguisme (Littell est lui--même franco-Étatsunien) lui sauvant la peau.

On y croise des dizaines d'événements réels et personnages ayant vraiment existé dont entre autre:  Rudolf Hess, Ernst Jünger, Reinhard Heydrich et Adolf Hitler lui-même.

Le regard sur les horreurs est froid et clinique bannissant toute forme poétique à un récit qui ne devrait par ramener de réelle beauté. La sexualité du personnage y est très crue. L'écriture ne se contente pas que d'expositions d'horreurs. Le grotesque et le burlesque s'y trouvent, dans le rapport entre Hitler et Aue ainsi qu'avec les 2 détectives, se trouvant en des terrains absurdes, pourchassant Aue, comme une mauvaise conscience se rappelant à lui, de partout. Littell y parle des paysage ukrainiens avec une certaine poésie et on passe de considérations intellectuelles aux considérations les plus terre-à-terre où sang, excréments et fragments de crâne se côtoient.

Le titre fait référence à L'Orestie, trilogie dramatique d'Eschyle.

Pour amateur de poétique de la cruauté, de littérature Russe (duquel Littell s'inspire beaucoup aussi), de crimes commis par devoir, de philosophie, d'histoire de la Seconde Guerre Mondiale, de sémiologie, du pamphlet, du polar, de politique économique et de grandes aventures brutalement guerrières.

J'ai commencé à lire, sans comprendre d'abord qu'il s'agissait de son père, The Company, de Robert Littell.

jeudi 27 avril 2017

6 Raisons De Ne Pas Écouter 13 Reasons Why

Je vous ai déjà parlé de mon visionnement de la série Riverdale qui prend un peu les personnages des BD Archie Andrews & Betty & Veronica et prend beaucoup beaucoup beaucoup (trop) de l'univers de 2017. La série est sombre là où le comic était soleil.

On a troqué la vitamine C pour le prozac et ça ne me plait pas complètement.
Mais je me rendrai jusqu'à l'épisode final. Par curiosité.

À la fin de chaque épisode, Netflix me conseillait de visionner aussi 13 Reasons Why. Un autre série produite par le réseau, avec l'appui financier de Selena Gomez, cette fois.

Au Baseball on dirait une fausse balle.
Dans les centres de préventions du suicide on dirait: un désastre.

13 Reasons Why raconte l'histoire d'une jeune fille, suicidée, et qui nous explique en 13 cassettes/épisodes pourquoi, avec de multiples retours dans le temps, nous la montrant tout à fait parmi les vivants. Ceux qui veulent voir la série et ne veulent pas de divulgâchis doivent s'arrêter de lire ici.

Récemment, deux jeunes filles de 15 ans, de milieu différents, nous ont confessé être mordues de la série. Je ne l'avais pas encore vue. Je trouvais la prémisse douteuse et malsaine. Puis, je l'ai écoutée.
Je me trompais peu.

La télévision n'est pas la science, ni la médecine. C'est du divertissement parfois, de l'info parfois aussi. C'est le mariage des deux qui ne fait pas toujours bon ménage.

Divulgâchis commence ici.

La série nous montre "pourquoi" la jeune fille de 17 ans choisit de s'enlever la vie. Il y a traumatisme suite à un viol. Traumatisme et viol explicites à l'image. il y a aussi tentative d'en parler aux adultes. Le seul avec lequel la jeune fille trouve la force de parler de son mal se plante royalement dans sa réception de la chose. Il mets du poids sur son "pourquoi".

Le suicide est nettement plus complexe que ça. La santé mentale y est pour beaucoup. Cette question est peu étudiée dans la série. J'ai eu l'impression qu'on avait laissé un sujet dangereux à des enfants. Il y a une certaine banalisation du geste très grave du suicide au profit de l'intrigue, Le suicide n'est jamais la solution. Et la série débute et se termine avec l'idée contraire. Voici comment j'ai géré mon problème pourrait en être la traduction.

Voici 6 raisons, selon moi, gens fragiles, de garder vos yeux loin du produit.

1. C'EST D'UNE LOURDEUR PHÉNOMÉNALE.
Dans la vie, vous aurez tous des problèmes. Adolescents, vous les vivrez plus difficilement puisque vos corps, vos cerveaux, seront en pleine mutation. Les choses difficiles se doivent d'être discutées. A-t-on besoin de Netflix pour nous dire de parler et d'être à l'écoute de nos ados? non. A-t-on besoin de fuir nos problèmes du quotidien en se plongeant dans des problèmes de la même trempe qui ont comme solution la suppression de sa propre vie? Pas plus. "L'écoute de la série a aggravé leur état" à dit la Docteure Johanne Renaud, chef médical du programme de pédopsychiatrie à l'institut universitaire en santé mentale Douglas. "Ils y pensent encore plus". Bien entendu, ils y voient une validation de leur malaise. Et une option brevetée et potentiellement populaire pour tout ce qu'ils n'auront jamais été pour leur proches. Selena est d'accord avec tout ça. The Heart wants what it wants.
La télé n'est pas conçue pour nous downer davantage.

2. Les avertissements.
Il y en a peu. Il y a bien un avertissement de "contenu mature pour un public adulte", mais rien de bien flagrant avant les derniers épisodes. Et bien que le sujet du suicide adolescent ne soit pas un sujet angoissant pour la plupart des adolescent, il s'agit d'un sujet très troublant pour quelques uns d'entre eux. Et quelques uns, c'est bien assez. Presque tous, nous passons vite par dessus un avertissement, et il existe même des recherches qui confirment que les avertissements peuvent être tout aussi dangereux que ce qu'ils tentent de faire. Netflix n'a pas de portier à la salle pouvant filtrer l'enfant de 12/13 ans voulant voir le contenu. Donc pendant que vous cuisiner pour vos amours, dans le sous-sol, votre adolescente est peut-être en train de regarder une de ses soeurs mourir par ses propres moyens à la télé, le pourquoi, la méthode et le raisonnement derrière exposé pour ses petits yeux chéris. Elle, elle a pris les choses en mains, pensera-t-elle peut-être. When you're ready come and get it, na na, na na.

3.Le suicide doit être discuté, mais pas comme ça.
On a beaucoup parlé de la glorification de la violence. 13 Reasons Why m'a paru exactement comme la glorification du suicide. De bout en bout. C'est notre narratrice, notre personnage principal, et elle est morte par choix. La vie d'adulte ne sera que choix. Une des raisons pourquoi l'adolescence est si difficile à gérer pour l'adolescent lui-même, c'est justement parce qu'il a, souvent pour la première fois, à faire de nombreux choix. À prendre des décisions par lui-même. La série offre un choix. Condamnable.
On montre beaucoup ceux qui restent et qui la pleurent. Qui l'ont aimée et qui se demande pourquoi et comment ils auraient pu la sauver. Ce type d'adulation post-mortem peut être séduisant et extrêmement dangereux. Et si plusieurs visaient ce type d'adulation de leur vivant et faute de le trouver, choisirait de s'enlever la vie pour au moins la créer post mortem? Dan-ge-reux. Kill'em With Kindness.

4. Ce type de série est profondément lourde pour une consommation en rafale.
Netflix se consomme facilement en rafale. Il ne s'agit pas des Gilmore Girls, ou Sex in the City où vous pouviez écouter 3 épisodes en ligne en oubliant d'aller aux toilettes ou de manger tellement vous étiez absorbés. 13 heures de "pourquoi j'ai choisi de mourir" vous habitera d'un sentiment de noirceur. Parler de suicide pendant une heure est intense. En parler pendant 13 heures de suite, pendant 6 heures, pendant 3 heures...effroyable. Lire un seul article sur le suicide d'un(e) ado peut nous habiter longtemps. 13 x 1 heure du sujet. Ouf! Comment j'ai fait? Quel effet ceci aurait sur des gens moins bien armés mentalement? It Ain't Me.

5. Ce type de mort graphique n'est pas du tout bienvenue à l'oeil.
On a peut-être justement voulu le choix de la mort si brutal pour ne jamais la rendre sexy, mais le traumatisme est transféré directement de l'image au cerveau du divan du salon. Ta-bar-nak. She's dead alright. Regardez Hannah, les jeunes, mourir dans une fiction, d'une manière qui n'a aucunement l'air fictive. Vous vous rappelez quand votre jeune de 5 ans et moins était terrifié par la baleine qui menaçait d'avaler Dory et Nemo? Ce n'était qu'un dessin animé, mais pour un enfant de 5 ans et moins, ça faisait parti du vrai. La série, pour certains ados investis dedans, fera aussi parti de leur vrai. La scène du suicide est tout ce qu'il y a de plus réaliste. Aucun ado n'a un jour besoin de voir un des siens dans cette position aussi clairement. Can we take it nice and slow, slow?.

6. L'argument que la série est justement éducative est éclipsée par l'idée qu'il pourrait s'agir d'une solution souhaitable.
Les jeunes sont intimidés tous les jours (un autre "pourquoi" de son choix). Ils sont habitués de voir des vies inventées sur Facebook, Instagram ou Twitter. Ils voient des corps qui ne sont pas vrais sur des adultes sur des plus jeunes, sur des gens de leur âge. Ils s'inventent des amis et des amoureux. Ils vivent dans une ère assez facile, ou tout peut aller très vite. et où ils n'ont plus besoin de la bibliothèque pour faire un devoir, mais ils vivent aussi dans un ère très compliquée. Tout le monde sait tout de vous sur le net et vous êtes exposés et "vulnéralisables" en tout temps. I'm on my marquise diamond, I'm a marquise diamond.

On a léché, en surface, un sujet très profond. Et qui ne s'explique pas simplement comme ça.
Le contenu existait déjà en livre (la série est adaptée du livre de Jay Asher). L'idée de l'adapter pour la télé suggère une envie de sexyfier la chose.

De mettre un glaçage sur le gâteau santé.
(Mentale)

Le suicide n'est ni sexy, ni un moyen, ni une solution.

C'est une plaie de la vie.

Québec, maintenant, s'en inquiète aussi de cette série.


mercredi 26 avril 2017

PRAF

Plus Rien À Foutre.

C'est un sentiment à l'égard du monde politique qui est maintenant devenu mondial.

On a marqué l'histoire en France dimanche dernier en liquidant au premier tour les deux grands partis (Républicains et Socialistes) pour la toute première fois de l'histoire du vieux pays, en y laissant deux nouveaux modèles entre lesquels choisir d'ici deux semaines: le parti du centriste Emmanuel Macron "En Marche" et le parti du front national de Marine Le Pen.

C'est énorme. C'est un peu comme si on avait éliminé Républicains et Démocrates aux États-Unis. C'est un peu comme si, au Québec, on avait éliminé Libéraux & Péquistes et qu'il ne restait plus qu'à choisir entre Québec Solidaire et Les Soldats d'Odin. J'exagère un peu dans ma comparaison puisque que le parti de Macron a peu à voir avec Québec Solidaire, se disant ni à gauche, et ni à droite, mais je n'exagère pas tant que ça quand je fais référence aux Soldats d'Odin en parlant du parti de Le Pen.

La triste blonde a bien atteint le second tour, mais il faudra maintenant s'assurer de la liquider durement à son tour d'ici le 7 mai.

Quand un déséquilibré à tué un policier la semaine dernière avant d'être lui-même rayé du monde des vivants, tout juste quelques jours avant le résultat du premier tour d'élection, les leaders avaient tous la chance de se placer dans les souliers du Président qu'ils auraient été dans leur déclaration publique à la nation (et au monde) sur le sujet. Le Pen s'est plantée.

Elle a tout de suite annoncé qu'il fallait expulser tous les fichés S étranger du pays. Un fiché S, est une branche du fichier des personnes recherchées créée en 1969. Dans le fiché S on retrouve les personnes ayant fait l'objet de recherches pour prévenir des menaces graves pour la sécurité publique ou la sûreté de l'État, dès lors que des informations ou des indices réels ont été recueillis à leur égard. La définition menacer la sûreté de l'État est assez floue pour pouvoir ratisser très large. Et prête alors à toute les dérives. La déclaration de Le Pen était non seulement radicale, injuste et sans nuance, mais elle allait aussi être complètement hors propos. L'assassin du policier était un Français n'ayant jamais mis le pied hors du pays, et pas du tout fiché S ce qui rangeait Le Pen dans les voix peu importantes aux lendemains de l'attentat. Mais la rendait surtout loufoque aussi.

De plus, tous les fichés S ne le sont pas pour terrorisme, ce qui rendait ses propos plus absurdes encore. Plusieurs le sont pour désintox entre autre. Et c'est absolument de cela que la France doit se guérir. De la désintoxication du front national.

C'est un écoeurement politique qui a été déclaré dimanche dernier, un vote contre la corruption ordinaire, banalisée de la politique française, qui ne passe plus comme un chèque à la poste ou un droit acquis. Mais c'est aussi un flirt avec le danger. L'appui d'un voteur sur 5 dimanche au parti de Marine Le Pen a été reçu en général comme quelque chose d'attendu, mais il ne faut pas oublier que c'est aussi aberrant et nettement épeurant. "La France aux Français" scande-t-elle. Ah oui? Elle est à qui en ce moment? Aux terroristes? Comme le dernier Français qui a tué ce policier quelques jours avant les élections? Le discours du front national c'est celui du rejet et du repli identitaire s'appuyant sur la préférence nationale. Vous voyez le nettoyage ethnique dans le texte?

Liberté, préférence pour les Français d'origine, fraternité si tu n'es pas fiché, l'étranger.

Macron aura besoin d'une coalition, mais que se passera-t-il quand tous ceux qui ont été rejetés, les vieux des vieux systèmes se rangeront derrière lui? Est-ce que les voteurs diront "Ben justement! on ne les voulait pas! on ne supportera pas ceux qu'ils supportent maintenant, pardi!"  

Benoit Hamon (du parti socialiste) Cécile Duflot, Manuel Valls, Bernard Cazeneuve, Alain Juppé, Xavier Bertrand, Jean-Pierre Raffarin et François Fillon  ont tous manifesté leur support public à Macron. L'unanimité médiatique est aussi majeure autour de Macron. La France nous prépare-t-elle un Trump?

Les nouveaux appuis pourraient-ils nuire à Macron? Je crois le peuple français pas aussi con.

Mais l'intérêt autour de Le Pen nous laisse tous croire un peu le contraire aussi,

Plus rien à foutre, c'est bien joli, mais faut aussi construire,

Pas juste lancer des cocktails molotovs aux dirigeants en place.

Ça ce serait de la simple inertie habillée de rage improductive.

Construire des ponts a toujours été mieux que bâtir des murs.

Dans toute les sphères de la vie.

mardi 25 avril 2017

Inénarrable Nationalisme

J'étais assis dans le divan, avec ma fille, devant un match qui allait être disputé entre Toronto et Washington, quand elle me demanda où avait lieu le match. La réponse est arrivée spontanément avec l'image:

"Quand tu vois inutilement des soldats sur la patinoire, tu sais que c'est aux États-Unis".

"Pourquoi ils mettent toujours des soldats comme ça?"

"Parce que les États-Unis ont toujours le besoin de s'aveugler un peu et de se convaincre eux-même que leurs soldats défendent leurs pays héroïquement. La vie est une bataille pour eux et ils aiment se le rappeler. Ils aimerait bien qu'on voit leur soldat comme des héros, mais les vrais héros n'ont jamais besoin de se rappeler aux mémoires, des gens, ils sont des héros, c'est tout."

"...et les deux filles à côté, c'est qui?"

"...des...des plantes de jardin...des filles que tu ne seras jamais j'espère. Des simples corps biens balancés pour faire décoration."

Tout était si loin de nos valeurs à l'image, on se serait cru dans un pays étranger, tellement loin du nôtre. Et pourtant, on est aussi américains qu'eux. Et tout juste voisin. Mais ce type de nationalisme nous est heureusement extraordinairement risible, ce que le déploiement du drapeau n'aura pas toujours été.
En croisière, début janvier, nous quittions Fort Lauderdale et le long de la rive, nous longions de riches maisons de Floride. Des badauds sortaient pour nous envoyer la main. Une femme, sur une luxueuse propriété, où il était facile d'y laisser traîner nos yeux, tellement l'endroit était chic, nous envoyaient la main, accompagnée de ses trois chiens. Soudainement, elle est entrée à la course. Un téléphone qui sonnait, ou quelqu'un à la porte avant, nous disions nous. Et bien non! elle est resortie en trombe pour nous brandir un drapeau des États-Unis qu'elle faisait passer de gauche à droite. Ce qui a fait exploser de rire le groupe de Québécois que nous étions.

"Ah Bon! je suis rassuré! je me pensais au Salvador!"
"C'est pas le drapeau de la Malaise, ça?"
"Non c'est le drapeau du Liberia!"

Nous, (les Québécois) étions les seuls à nous amuser de la chose. Le ridicule ne gagnait pas les autres passagers, majoritairement canadiens anglais. Ils avaient même de la difficulté, tous près, à comprendre ce qui nous faisait tant rire de la connerie de brandir un drapeau de la sorte. Comme si on devait soudainement être ému, fier, sinon touché positivement du geste. Surtout pas! Et le Canada, depuis Harper, a emboîté le pas, distribuant les drapeaux du Canada gratuitement sous son règne, comme une compagnie de kleenex le ferait par propagande marketing. Voilà la conclusion à laquelle nous sommes venus quand on a vu nos voisins canadiens ne pas réagir au ridicule de madame de la même manière que nous. Ça ne nous dérangeait pas davantage puisque le Canada, pour plusieurs d'entre nous, nous est aussi très étranger.

Les États-Unis, avec une maturité digne d'un enfant de 7 ans, ont ranimé les tensions avec la Corée du Nord qui aime, elle aussi, joueur au coq dans le poulailler mondial.

Ça m'a donné envie de relire la (savoureuse) bd graphique de Guy Delisle Pyongyang. 

Avec beaucoup d'humour, et de très adéquates observations, Delisle, excellent bédéiste, nous raconte son passage en Corée du Nord, alors qu'il travaillait à retoucher des films d'animation pour une grande chaîne de télé française.

Il nous fait le portrait de ses hommes qui ne sont que des ombres, les Nord-Coréens, lourdement endoctrinés dans des fabulations complètement absurdes sur la dynastie Kim, sur laquelle sont inventées des histoires qui font passer les menteries de Donald Trump comme de la petite bière.

Un exemple? Kim Jong-Il (de la lignée du rond dingo en place) aurait frappé 11 trous d'un coup à son tout premier 18 trous de golf. Ils le croient aveuglément. Ils croient que tout, tout, tout, tout est né de la dynastie des Kim. Le savoir, l'intelligence et l'équilibre mondial aussi. Et que tout le mal du monde naît du capitalisme. Un "guide" et un "traducteur", autres mots pour "espion" accompagne en tout temps l'étranger qui ne peut qu'être de passage. Le guide oblige l'étranger à faire des visites de tous les musées bidons qui inventent des divinités autour des Kim. Tout est ramené aux Kim. Celui qui n'a pas son badge avec la tête d'un des Kim dessus est aussitôt envoyé en camp de rééducation. Le brainwashing est total.
Les handicapés sont inexistants. Quand on leur pose la question où sont ils passés? on explique le plus sérieusement du monde que la race du Coréen du Nord est si parfaite que les handicapés n'existent pas. Le ridicule est de partout et Delisle s'en amuse avec nous. Il a par ailleurs apporté avec lui le livre 1984 de George Orwell dont l'univers évoque directement celui de la Corée du Nord et lorsque Delisle le prête à son guide qui aime bien la lecture et veut apprendre l'anglais, celui-ci le lui redonne en disant que ce n'était pas pour lui (traduction: que les idées décriées dans le livre étaient dangereuses pour sa sécurité si rendues publiques). La grande question qui en ressort est: "sont ils naïfs à ce point ou prétendre l'être pour assurer leur survie et leur avancement sociétaire?".
Le tiers des Coréen du Nord se nourrissent grâce à des programmes d'alimentation internationaux. 200 000 Nord Coréens seraient aussi décédés de la famine au début des années 90, mais ce type d'anomalies démographiques seraient, bien entendu, caché au peuple. Les enfants et les prisonniers du gouvernement qui travaillent en tout temps (comme ramasser les déchets les samedi sur les terrains publics ou arroser d'eau les gazons) sont appelés des "volontaires". Ceux qui volent des fruits dans les arbres fruitiers "des gens qui ont de drôles d'habitudes". La vérité réinventée, ça a été créé au Nord de la Corée (lourdement inspiré de l'ami Russe). Donald est trop ignorant pour savoir qu'il doit tout à la manière Nord Coréenne.

Mais devrais-t-on les craindre, vraiment?

Ces gens sont mentalement vaporisés.
Un peuple d'enfants, nourris de balivernes.

Reste qu'on avait pas de raisons d'avoir peur non plus des anciens alliés saoudiens.

Je ne voudrais pas habiter Vancouver quand même.

Ils sont, il me semble, trop près des États-Unis et dans l'angle d'un tir nucléaire tout croche de la part de la Corée du Nord.

Pays au nationalisme parfaitement déséquilibré à la relecture de la très amusante BD de Guy Delisle*.

Comme les États-Unis le deviennent en ce moment.

Que le Canada le devient peu à peu.

Et qu'un certain Québec...bah!

J'ose croire qu'on se respecte davantage.

*Que je vous recommande chaudement, toutes ses BD se lisent souvent en une seule soirée!