jeudi 29 juin 2017

Philibert Popolipoff

Il a entre 9 et 11 ans. Il n'est très certainement pas à l'école secondaire.
Deuxième cycle (4ème-5ème-6ème)du primaire, pas plus.

La première fois que je l'ai vu à l'entrepôt, il était avec sa mère, Anna, qui travaille avec nous à la comptabilité. Elle l'avait amené au boulot car c'était un jour scolaire férié et elle ne voulait pas le laisser seul à la maison.
J'étais alors avec le vétéran de l'endroit: Marcel Haievinegr. De loin, avec ses cheveux longs (Philibert) et sa couette pour retenir ses cheveux, j'ai tout de suite cru que c'était une fille. D'autant plus qu'il n'avait pas mué, donc sa voix était bien celle d'une fille.
Puis, Marcel a comme lu dans mes pensées. En voyant le petit garçon courir vers nous, il a dit, à moitié pour qu'il l'entende, et à moitié pour qu'il ne l'entende pas: "Ça se peut tu...si jeune et déjà overweight...". Le petit n'a pas réagi (ou n'a pas entendu). La mère non plus. Philibert porte continuellement du linge très moulant et on distingue clairement une poitrine que certaines filles envieraient.

Philibert n'est pas assez timide. Il n'existe aucun filtre pour ce jeune garçon. Il s'invite tout simplement partout. Au gré des ses curiosités. Et on ne peut pas lui en vouloir, la curiosité est un fort joli stimulant à son âge (et au mien, et au vôtre, et partout, tout le temps). Toutefois, il sert des contre-arguments qui traînent les conversations vers le bas. Ou qui les assaisonne de commentaires auquel on ne veut pas toujours participer.

"Le Canadien n'a pas le choix, il doit échanger Carey Price et Alex Glachenyuk!"

Non. Et non.
Non, personne ne participera à cette conversation, et non, les Canadiens ne seront pas si idiots.

Notre grand boss, un des anciens, enfin, personne (outre Marcel) dans cette compagnie florissante n'a un an de service encore, a été ferme avec lui quand Philibert lui a demandé si il connaissait le jeu "Chépatrokoi" sur sa tablette. Il a vite répondu, plutôt bêtement:
"Moi, je déteste les jeux sur tablette, c'est même interdit chez nous, mes fils ont manqué l'école volontairement pour pouvoir jouer à ces jeux comme des obsédés, alors j'ai dit: "C'est terminé!"".
Philibert n'a pas semblé ébranlé. Il l'a trouvé injuste du regard. Je l'ai vu le juger.

Mais je comprends un peu l'impatience de notre grand boss. Philibert se glisse partout dans nos pattes comme un cliché d'enfant tache. On est surpris de le voir sortir de nulle part, à la recherche d'un tue-ennui. Existe-il endroit plus dangereux qu'un entrepôt pour un enfant de sortir de nulle part?
Sa mère est d'origine Russe et est très vulgaire. Elle sacre (en Québécois et en Russe), elle fume comme une cheminée, n'a rien de vraiment féminin ni dans la voix, ni dans les tenues vestimentaires, et à un sale caractère de cochon. Je plains cet enfant dont la mère ne fait que japper son nom, quand il traîne à l'entrepôt (Parce que tu l'y a traîné de force, Popolinoff!). Elle l'appelle d'ailleurs par ses initiales, "Pépé", ce qui m'évoque plus le singe de Léo Ferré qu'un petit garçon. Assez singe de toute façon. Je plains cette enfant je disais.

Mais je ne le plains pas tant que ça non plus. Il est vraiment tache. Mais en même temps la place d'un enfant de 10 ans, n'est pas du tout dans un entrepôt de la ville. PAS DU TOUT.

J'ai voulu être gentil et l'ai laissé prendre un de mes outils de travail qu'il avait dans les mains en me disant "T'inquiètes pas, je sais comment ça marche". Il me l'a dit 2 fois, là où les autres enfants auraient demandé "je peux le prendre?". Il m'a retardé de plus d'une demie-heure. J'ai dû tout refaire derrière lui. Ça m'a un brin agacé. On a eu cette dynamique 4 fois dans la journée. il me retardait partout. Il n'est pas assez gêné je vous dis! dans la première heure qu'on s'est connu, il me suppliait sur l'heure du midi de l'amener à la pataterie du coin. Je me retenais à deux mains pour ne pas lui dire qu'il n'avait surtout pas besoin de graisseux.

Il me fait chier. Au premier degré.

Je suis donc allé faire un #2.
Puissant.
Mais même là, il m'a suivi tout de suite après.

Il est mort.
J'ai tué cet enfant par asphyxie.

Je passe en cour en Novembre pour homicide involontaire.

Ne le pleurez pas. Avec le temps va, tout s'en va.

Et je ne fabrique pas de telles odeurs comme ils le prétendent.

Je le dirai au juge et il me croira.

Non mais.

Tout de même.

Pff!

On devrait me remercier.

 



mercredi 28 juin 2017

DDL

Daniel Day-Lewis.

J'ai toujours trouvé qu'il en faisait un peu trop. Vous savez ce que certains reprochent aux gens de théâtre?, l'excès dans le jeu et la voix, l'excès dans le ton et l'intensité.

Je vous avouerai même que je ne l'ai trouvé exceptionnel qu'une seule fois. Dans le rôle secondaire qu'il tient dans My Beautiful Laundrette de Stephen Frears. Un film que j'ai même réemprunté à la bibliothèque, mais que je n'ai pas eu le temps de réécouter encore.

DDL est le fils du très célèbre (dans son milieu) Cecil Day Lewis, poète irlandais, dont la reine Elizabeth II s'est entichée en le nommant Poet Laureate en 1967. DDL n'a alors que 10 ans. Il a une grande soeur de 6 ans son ainée. La mère de DDL est l'actrice Jill Balcon.

À 14 ans, il fait sa première apparition au cinéma. En petit vandale griffonnant des voitures gratuitement pour Joel Schlesinger. Il joue en fait son propre rôle puisqu'il habite le village de Greenwich, avec sa soeur, qu'il est régulièrement lui-même rudoyé de par la notoriété de sa famille, qu'il se défend toujours, et qu'il pratique le vol à l'étalage. DDL emprunte les accents locaux des gens de la rue à Greenwich et teste la patience de ses parents avec ses excès de tempérament. Ceux-ci sont forcés de l'envoyer à l'internat à Kent. Il a alors 11 ans. Il déteste. Mais il fera la découverte de trois passions qu'il aura toute sa vie: Le travail du bois, la pêche et le métier d'acteur. Il a 15 ans quand son père décède. Il séjournera dans un hôpital psychiatrique pour avoir tenté de se suicider tout de suite après.

Intensité...

Bien qu'il excelle sur les planches à l'école, il préfère s'inscrire dans une école d'ébéniste, chose qu'il fera pendant 5 ans.

Il ne s'empêche pas de jouer à Bristol ou à Londres dans des productions théâtrales de l'endroit et fait un peu de télévision. Il intègre la Royal Shakespeare Company.
 Il est ébloui par la performance de Robert De Niro dans Taxi Driver, et sent l'appel du cinéma. Il est accepté à la Bristol Old Vic Theater School où il jouera avec Pete Postlewaithe qu'il retrouvera beaucoup plus tard au cinéma.

11 ans après sa première apparition au cinéma (il fait du théâtre entretemps) Richard Attenborough l'engage pour une autre présence de petit voyou. Deux ans plus tard, il est second d'Anthony Hopkins dans The Bounty.  Puis, l'année suivante, il joue dans deux films, le film de Frears et A Room With a View de James Ivory. En Amérique, les deux films sortent le même jour. la différence des deux rôles est frappante. Dans le film de Frears il incarne un homosexuel extraverti, rebelle et un brin voyou, tandis que dans le film d'Ivory, il incarne une jeune homme de bonne famille, fin et raffiné.

Il est maintenant un acteur recherché. Il perd tout juste le rôle de Sid Viscious aux mains de Gary Oldman en 1986. On le retrouvera bien en tête d'affiche dans le rôle du jeune médecin Tchèque dans The Umbearable Lightness of Being auprès de Lena Olin et Juliette Binoche. Il apprend à parler Tchécoslovaque simplement afin de simplement rendre justice à l'accent que son personnage devrait avoir dans ce film tourné en anglais.

Pour le rôle du poète infirme Christy Brown, DDL plonge dans l'extrémisme. Il sera handicapé en tout temps et ne sort jamais du personnage pendant tout le tournage. Des techniciens doivent le soulever de sa chaise pour qu'il aille faire ses besoins, être nourri à la petite cuillère, etc. Il gagnera son premier Oscar de la meilleure interprétation pour cet intense rôle irlandais en 1990. Son intensité naturelle sert merveilleusement bien le personnage. Il reviendra sur scène pour incarner Hamlet au Royal National Theater. Au moment où le fantôme du père d'Hamlet apparaît à son fils pour la première fois, il s'effondre sur scène et sanglote sans fin. Il refusera de revenir sur scène et sera remplacé rapidement le soir même par Ian Charleston. Pour le reste de la tournée, c'est Jeremy Northam qui tiendra le rôle. Explication? DDL a vu son père en fantôme.

Il ne retournera plus jamais sur scène.

Il fait la rencontre de l'actrice Isabelle Adjani et aura un fils avec elle, fils né en 1995, alors qu'ils sont maintenant séparés. En 1992, il apprend à dépecer des animaux, à chasser et à construire des canots, à se battre avec un tomahawk, à charger un pistolet à poudre en pleine course dans l'isolement d'une forêt pour Micheal Mann.

Pour Scorsese en 1993, il se vêt des costumes de 1870, été comme hiver, à New York, se ballade dans des décors de l'époque en haut-de forme, en chemise à jabot, avec une canne, s'isole encore et s'enregistre sous le nom de son personnage Newland Archer.

Il refuse les rôles de Tom Hanks dans Philadelphia, Ralph Fiennes dans The English Patient et du même Fiennes dans Schlinder's List, Il préfère tourner dans la peau du fils de Pete Postlewaithe dans l'histoire vraie, infâme et toute irlandaise de Gerry Conlon dans In the Name of the Father pour lequel il est à nouveau nommé aux Oscars, aux Golden Globes et aux BAFTA. Il demandera d'être torturé en cellule pour vrai pour mieux jouer le personnage pendant les répétitions. Il retrouve Wynona Ryder, avec laquelle il avait tourné pour Scorsese, pour une adaptation d'une pièce célèbre d'Arthur Miller.
Il tourne ensuite la vie de Barry McGuigan, sous la caméra de Jim Sheridan pour une troisième fois.

C'est pendant la préparation pour le rôle de John Proctor qu'il visite la maison d'Arthur Miller et y fait la rencontre de sa fille Rebecca, duquel il tombera amoureux, et vice-versa. Ils auront ensemble deux fils. Il démissionne de son métier d'acteur pour devenir ébéniste et perfectionner l'art de la cordonnerie en Italie.

Après avoir refusé le rôle d'Aragorn dans Lord of the Rings, son ami Leo Di Caprio le convainc de sortir de sa retraite pour tourner pour Gangs of New York,  OOOOOOH! qu'il en fait des tonnes dans ce film de Scorsese. Il prend des cours de boucherie, reste perpétuellement dans son rôle entre les prises, attrape une pneumonie et refuse des soins et des manteaux, inexistants à l'époque du film, avant qu'on le raisonne. Il gagne un BAFTA pour sa caricature, son rôle et est encore nommé aux Oscars. Il tourne pour sa femme en 2005.

Ooooooooooh! qu'il en fera encore des tonnes encore pour Paul Thomas Anderson dans son adaptation libre de Oil! d'Upton Sinclair.  Grossièrement grossier, il gagne son second Oscar, le BAFTA, le Golden Globe, le Screen Actors Guild Award ainsi que presque tous les prix associés à des critiques de cinéma.

En 2009, il étonne dans Nine. Il ne tournera que deux autres films par la suite. Il gagnera l'Oscar du meilleur acteur pour la troisième fois, sera le seul à le faire, pour le rôle d'Abraham Lincoln. Puis retrouve Paul Thomas Anderson pour un film à venir.

Je sais pourquoi je le préfère dans My Beautiful Laundrette.
C'est parce qu'il se jouait beaucoup plus qu'un personnage qu'il avait longuement construit.
Par la suite, je n'ai vu que lourde construction.
Patibulaire caricature.

Depuis la semaine dernière, il se retire du métier à nouveau.

...jusqu'à la prochaine fois.



mardi 27 juin 2017

Avant Toute Forme d'Excuses

Donald Trump réclame des excuses pour les accusations sur l'influence Russe, dont les enquêtes n'ont pas trouvé de conclusions claires (ce qui ne prouve rien non plus).

Avant toute forme d'excuses de la part de quiconque envers Donald Trump, cet homme, qui a insulté toute les intelligences existantes sur terre, devrait lui-même trouver un peu d'humilité sous sa mauvaise chevelure pour:

-S'excuser auprès des femmes pour ce regard posé sur elles qui se résume à une terre à conquérir, à posséder et à abuser.

-S'excuser auprès du peuple des États-Unis et le monde entier pour avoir intégrer le mensonge comme une chose normale, quotidienne et sans conséquences réelles.

-S'excuser auprès de tous les journalistes pour chaque utilisation du terme niais "fake news".

-S'excuser auprès des Canadiens pour le bois d'oeuvre, entente négociée justement il y a longtemps. à l'avantage du Canada, entente dont les États-Unis ont ajouté des surtaxes entre 10 et 12% hier, pour mettre pression sur le Canada afin de changer les lois de libre-échange, les mêmes amenées en cours 5 à 6 fois déjà, par ces mêmes États-Unis, et qu'ils ont perdu TOUTES les fois. Les injustices viennent rarement de notre côté quand on traite avec les États-Unis.

-S'excuser auprès des douaniers canadiens qu'il ne cesse de traiter de passoire. Sans fondement.

-S'excuser auprès des Mexicains, envers lesquels il a fait preuve d'un racisme crasse, les identifiants collectivement tous violeurs, drogués ou criminels, sans discrimination, tout comme on associerait stupidement un italien systématiquement à la mafia, simplement parce qu'il est italien, Avec la maturité d'un enfant de 8 ans.

-S'excuser face au juge d'origine mexicaine qui a jugé son université comme étant une université illégale et frauduleuse, et dont il a prétendu qu'il ne pouvait pas comprendre la cause adéquatement puisqu'il était justement d'origine mexicaine.

-S'excuser auprès de toutes les intelligences, pour en déployer une aussi molle, paresseuse et lâche.

-S'excuser auprès de la Suède pour leur avoir inventé une journée de terrorisme inexistante.

-S'excuser auprès des handicapés du monde entier pour s'en être moqué en imitant la disposition physique d'un de ceux-là, comme un enfant de 6 ans.

-S'excuser auprès des écologistes du monde entier pour se laver les mains et se les essuyer sur l'asphalte sale comme il a choisi de le faire avec son pays de marde dans l'accord sur le climat de Paris.

-S'excuser auprès de Micheal Flynn et James Comey pour les traiter comme du boudin alors qu'il ne peut lui-même pas prétendre être autre chose que du baloney cheap.

-S'excuser auprès des Chinois sur lesquels il met une pression stupide afin qu'ils s'occupent de la Corée du Nord.

-S'excuser auprès des services d'espionnage Israélien pour les avoir exposés comme un grand-papa sénile et maladroit incapable de tenir un secret.

-S'excuser auprès des gens victimes de harcèlement puisqu'il considère qu'une troupe de théâtre s'adressant poliment à son vice-président afin de s'inquiéter de la discriminatoire attention portée par le président, serait du "harcèlement".

-Dans la même foulée, stipulant qu'une salle de théâtre devrait être un endroit où on se sent en toute sécurité,  s'excuser auprès de la descendance d'Abraham Lincoln, père de son parti, ainsi qu'à la mémoire de toutes les victimes du drame du théâtre de Moscou.

-S'excuser auprès de John McCain, "Little" Marco Rubio, "Low Energy" Jeb Bush, "Lyin'" Ted  Cruz, le (menteur) père de Ted Cruz, les musulmans du monde entier, Mitt Romney, Carly Fiorina, Megyn Kelly, Whoopi Goldberg, Rosie O'Donnell, Nancy O'Dell, Barack Obama, Alicia Machado, Les étudiants et familles flouées par la bâtarde Trump University, Heidi Klum, Katerina Witt, Bill Clinton, Cher, Morning Joe, Macy's, Meryl Streep, Melania et finalement Twitter pour mauvais usage répété de leur outil de communication,

-S'excuser auprès de tous les présidents précédents pour avoir rabaissé le niveau de la profession à celui d'un chef syndical sans éducation.

Je m'arrête ici, la liste serait trop longue.

Mais avant une seule excuse de quiconque envers un intimidateur doit d'abord se poser, au contraire, un poing ferme qui promet de ne jamais baisser les bras face à l'ignorance bête.

Ce poing, nous sommes des milliers de pays à te la pointer Donald.

Et ça inclut la Russie.


lundi 26 juin 2017

À La Recherche Du Temps Perdu****************Then We Came To The End de Joshua Ferris

Lire c'est penser, réfléchir, parler à un ami, l'écouter, l'entendre, le comprendre ou pas, c'est découvrir une nouvel angle sur les choses, la vie et les autres et sur soi-même. c'est prêter oreilles à des confessions, des fantasmes, c'est avoir l'oeil et la tête sur des nouvelles idées. C'est aussi forger les siennes, les confronter, c'est écouter une musique, un rythme, en développer de nouveaux, c'est l'écho de moeurs qui ne seront parfois jamais les nôtres. Qui seront adverses ou nouvelles. Qui seront exploratoires et nouvelle lumière. Lire c'est s'ouvrir les sens et s'agrandir les espaces. Mentaux surtout. C'est se balader sur la plage du monde entier et des gens qui la compose. C'est danser sur le cerveau d'un(e) autre. C'est apprendre la vie par les yeux et les mots. Par le moteur de la pensée développée. C'est un regard, une inspiration, une souffle,

Lire c'est la vie des autres et un peu la nôtre aussi parfois.

Chaque mois (vers la fin) je vous parle d'un livre qui m'a séduit par son auteur, son contenu, son sujet, parfois les trois. Et j'essaie de vous dire un peu pourquoi.

Lire, c'est aussi beaucoup mon métier. Lire pour moi, c'est mieux respirer.

THEN WE CAME TO THE END de Joshua Ferris.

Je ne me rappelle plus qui m'avait guidé vers ce livre. Tout ce que je me souviens c'est que cette personne était issue d'un tout autre milieu et que je respectais beaucoup son opinion. Je crois que c'était de la bouche du biographe de The Clash.

Pour quiconque a déjà travaillé dans un bureau, détestait non seulement son travail, mais tout ceux qui le font autour aussi, mais que le jour où vous quittez ce bureau, quelque chose se coince dans votre gorge et votre oeil s'humidifie, voilà le livre pour vous.

Déchirant, tout en restant extrêmement drôle, ce premier roman, publié en 2007, d'un ex-étudiant en philosophie, est le livre essentiel pour celui ou celle qui se prépare à joindre une "famille" professionnelle de bureau en Amérique.

Avec un style tout à fait simple d'écriture, avec la bascule comique facile, Ferris nous présente sa fictive compagnie de publicité et les animaux qui peuplent son zoo. Au travers de multiples conversations entre collègues, ceux-ci prennent peu à peu vie.
Nous apprenons que Larry & Amber ont eu une liaison et qu'Amber a un croissant dans le fourneau. Chris Yop panique quand sa chaise de travail a été subtilement interchangée sans sa permission. Brisant du coup sa symbiose savamment construite depuis des années. Joe Pope, universellement détesté a été promu et maintenant tout le monde doit se plier à ses ordres. Personne n'aime Karen Woo car elle se croit plus intelligente que les autres. Et la patronne, Lynn, a le cancer, mais le cache à tout le monde.
L'agence ne roule pas sur l'or et Tom Mota sera viré. Tout le monde pourrait être la prochaine tête à tomber.

Ça semble banal, mais on s'attache tant à tous ses gens, qu'on tourne les pages (seulement 387) sans s'arrêter. On veut savoir. On les aime. On s'y reconnait. On reconnait des collègues. Ça m'a même inspiré un film complet se rapprochant de la critique cynique que fait Ferris de la poursuite du gros cash au détriment de la vie sociale.

Ferris emprunte le titre à la première ligne du livre de Don Dellilo (auteur qui trouvera aussi sa place ici, un jour) Americana. Auquel il a une certaine parenté. non innocente.
Then we came to the end of another dull and lurid year.

Au moment de terminer le livre, on jurerait que Ferris occupait un bureau non loin du nôtre. Et on voudrait le remercier d'en avoir capturé le parfum.

Horrible tout en étant sensible.

Excellente lecture d'été pour amateurs de Douglas Coupland, du film Office Space, pour slackers et procrastineurs, Peter est le Patrick Bateman des travailleurs de bureau.
Satire, crise de nerfs, cruauté. coups bas.

Triple A

Amusant.

Abrasif.

Assassin.

Facile d'avoir un verre à la main en lisant ceci.


dimanche 25 juin 2017

Les Mondialistes Sont au Pouvoir aux États-Unis

Fin avril dernier, l'économiste nationaliste Steve "loose canon" Bannon et le stratégiste politique Peter Navarro, deux sceptiques de l'accord de libre-échange nord-américain, signent un document qui explique par A +B pourquoi les États-Unis devraient se retirer de l'accord au 100ème jour de la présidence du Donald.

La réaction est immédiate. Les marchés financiers plantent. La nervosité s'installe. La valeur du Peso coule. Capitol Hill s'étouffe dans son café. Même les républicains se grattent la pense. Ils sont très nombreux à urger le président à reconsidérer la chose.

La même semaine, Trump rencontrait Gary Cohn, anciennement de Goldman Sachs, maintenant au Conseil National Économique, et Steve Mnuchin, secrétaire au Trésor, deux forts supporteurs de l'accord de libre échange actuel. Il est certain qu'on en a alors discuté. On lui a certainement suggéré de reconsidérer sa folie.
Trump appelle alors Selfie Trudeau et Pena Nieto pour leur dire qu'il ne retirerait pas les États-Unis, mais qu'il renégocierait les règles. Comme un bon tricheur un brin immature.

Les tendances unilatérales de Trump effraient. Terrorisent même. Trump est-il passé à un cheveu de commettre un geste hautement irresponsable? Que révélait cette semaine de mouvements des eaux à la Maison-Blanche.

La réponse est dans le titre de la chronique. Je ne vous apprends rien.

Rien n'a encore été complètement fait dans sa chaotique (re)gestion de l'accord. Trump a nommé quelqu'un pour gérer le dossier et tout ça a été stationné dans le sous-sol du garage des idées connes. On ne voulait pas encore envoyer le message que les fous gèrent l'asile. (ce que l'on sait maintenant).

Les mondialistes fourmillent dans la nouvelle administration économique des États-Unis. Steve Bannon et ses semblables y grouillent toujours. Leurs projets n'a pas fait mouche cette fois-là, mais ils ont réussi quand est venu le moment de le convaincre de leur climato-sceptisme et de se retirer de l'accord de Paris sur le climat.  Ce qui reste une catastrophe politique et sociale peu importe l'angle sous lequel on souhaite de traiter l'insensée décision.

Il n'y a pas d'argent à faire dans cet accord, et avec ces idiots au pouvoir, c'est l'argent d'abord et rien d'autre. Money first.

Donald a maintes et maintes fois tweeté (la phrase aurait pu s'arrêter ici) qu'il croyait depuis toujours que le changements climatiques étaient une menterie en provenance de la Chine afin de rendre les manufactures Étatsuniennes non compétitive (ça ne s'invente pas).

Les journalistes s'y sont pris jusqu'à 5 fois avec une question toute simple: "est-ce que le président croit toujours que les changements climatiques soient une invention des Chinois?". On a jamais répondu clairement disant des inepties comme: "le président confirme que le climat change..." (DUH!)

Il n'y a pas que les mondialistes qui soient au pouvoir.
Il y a Homer Simpson qui en est le chef.

La semaine dernière, une élection pour un nouvel élu du congrès avait lieue en Georgie. La Républicaine qui a gagné aurait dû le faire facilement puisque le Gran' Ol' Party y plaçait quelqu'un de ses rangs depuis 1980, sans interruption. La lutte a été chaude et elle a finalement vaincu son opposant démocrate. Mais il aura fallu plus de 50 millions d'investissements dans la campagne ppur acheter le cheveu qui l'a fait gagner.
Il s'agit de la plus importante somme jamais investie dans une campagne. Les Démocrates ont été forcé de suivre la parade et d'y investir plus de 30 millions eux aussi. Il faut donc lire une victoire de 5 à 3 (dizaines de millions) de la part des Républicains.

Le pouvoir s'achète. C'était connu.

Et si les Russes y étaient encore plongés?

Rien n'est plus certain de nos jours.
Sinon qu'en Amérique souffle un mauvais vent.

Pas juste décoiffant.
Polluant et toxique.

Faudrait se demander si les intéressantes percées gauchistes des Sanders, Corbyn et Melanchon ne seront que des souffles courts.

Ou de l'inspiration.

samedi 24 juin 2017

Tex Lecor

Paul Lecorre est né à Saint-Michel-de-Wentworth, une de ces délicieuses régions urbaines que je découvre avec mes camions quelques jours par semaine depuis avril.

J'ai connu trois Tex Lecor.

Rencontrons d'abord celui de mes parents:

Son père est d'origine bretonne. Il est artiste, homme de théâtre et politicien local venu vivre son amour des grands espaces au Canada d'Amérique. Très jeunes, Paul, son jeune frère et sa jeune soeur apprennent l'amour de la nature, de l'art et de la mer.
Paul étudie à l'école des Beaux-Arts de Montréal de 1951 à 1958.
Sur 7 ans, il côtoie Armand Vaillancourt. En 1956, il hérite déjà du surnom de Tex en raison d'une ceinture qu'il aime porte arborant le mot "TEXAS" et dont les seules trois premières lettres paraissent encore après un séjour sur la côte Ouest canadienne.

Il habitera le coeur de Montréal, là où je voudrais finir mes jours, rue Ste-Famille, puis rue Cherrier.

Il travaillera pendant 6 étés comme capitaine de caboteur en Gaspésie. Il y fera la rencontre d'un mécène d'origine juive qui achète toute son oeuvre en peinture jusqu'à maintenant.

Il se dégage une image, tout ce qu'il y a de plus naturelle, de coureur des bois un brin rebelle de Tex Lecor. Chansonnier amateur, il passe en studio et enregistre ses compositions, en pro. Ses chansons trouvent un écho certain au Québec. Tex rend de bonne humeur.

En 1969, il affiche de réelles couleurs politiques et devient plus populaire encore dans la foulée de l'essor du mouvement souverainiste. Il atteint des sommets inégalés deux ans plus tard en adaptant une chanson du chansonnier madelinot George Langford. Le Frigidaire le rend financièrement sans souci.

Il composera un classique miséreux de Noël. Encore beaucoup joué par chez nous, de nos jours.

Il fera de la musique dans les années 70 aussi. Formé de la sorte, il peindra toute sa vie. D'abord dans les traits sombres des années 50, ce qui ne laisse pas deviner le fin coloriste qu'il deviendra plus tard. Il ne se prend pas toujours au sérieux ce qui le rend sympathique à tous.

Figure populaire, on lui fait animer à la télé naissante de télé-métropole, une émission de variétés oscillant entre la musique et le conte.

Mon Tex Lecor, je le découvre à partir de 1974. Mes parents sont des fidèles de l'émission humoristique hebdomadaire radio Le Festival de l'Humour. Jusqu'en 1989, Louis-Paul Allard (le straight man), Roger Joubert (le Français pianiste), Pierre Labelle (l'imitateur) et lui (l'à peu près toute) animent une émission parfaitement disjonctée qui fait rire le Québec en voiture.

Lecor abandonne la chanson en 1978. Il se consacre alors à sa passion de toujours: la peinture. Il devient aussi pilote de brousse et voyage en aventurier d'un océan à l'autre. Ramenant en peinture des décors explorés ou des commandes de collectionneurs.

Il sera vedette de quelques publicités qui misent toujours sur sa simplicité. La publicité l'a fait travaillé avant quoi que ce soit, mais il s'était lassé du 9 à 5 bien assez vite.

Peintre paysagiste pour le restant de ses jours, il inscrit son oeuvre dans la tradition figurative de Marc-Aurèle Fortin, Clarence Gagnon ou encore des peintres du groupe des 7. Intransigeant défenseur de la nature, il l'immortalise en peinture. Son oeuvre est empreint de nostalgie inspirée de ses nombreux voyages en territoire nordique.

Il revient aussi à la radio dans la branche humoristique.

De 1998 à 2010, il coanime à la télé une émission pour aînés sur les ondes de TQS retrouvant ses amis Allard, Joubert et Shirley Théroux, qui pour sa part, remplace (feu) Pierre Labelle comme ancien complice.

Il est décoré de l'ordre de la Pléiade en 2010.
Puis du Prix Pierre Bourgault, la même année.

Tex a eu 84 ans, il y a deux semaines exactement.

C'est la fête du Québec aujourd'hui.

C'est notre fête à tous.

Québécois de naissance, d'adoption ou d'atterrissage forcé.

Franco, anglo, toutes langues unies.
Salut!