dimanche 20 août 2017

L'Épopée Mouvementée de Jackie Vautour

Sommes revenus du Nouveau-Brunswick.
Richibouctu.
Avons fêté l'Acadie le 15.

Avons entendu l'histoire de Jackie Vautour. Le rebelle de Kouchibouguac. Le Louis Riel de l'Est.

Vers la fin des années 60, le comté de Kent, au Nouveau-Brunswick est le plus pauvre de l'Est Canadien. Louis Robichaud, premier minus du Nouveau-Brunswick, aussi député de Kent, et Pierre Elliott Trudeau, Premier Imbécile du Canada, , veulent redonner un peu de gloire au secteur et créer le parc national de Kouchibouguac. Pour ce faire, PET et son gouvernement exigent l'expropriation totale des terres choisies dogmatiquement pour faire le parc.

7 villages seront expropriés, 228 familles totalisant 1200 personnes, dont la famille de Jackie Vautour, marié et père de 9 ans. Ces familles, soudées serrées, depuis des générations, vivent principalement de l'agriculture, de la pêche, sont pour la plupart Acadiens, très peu instruits et très peu fortunés.

Les familles reçoivent entre 10 000$ et 12 000$ de dédommagement, selon des valeurs approximatives de leur propriété. Près de la moitié, acceptent l'offre. Ça semblent bien peu, mais n'oublions pas que la plupart son extraordinairement pauvres. Plusieurs autres protestent. Ils perdent leur territoire de chasse, une large partie de leur gagne-pain. Les expropriés ne sont pas plus heureux, se faisant abuser par des propriétaires ailleurs les sachant désespérés pour un nouveau logement et exigeant des prix de loyer hors de leurs moyens dans leur nouvelle région.

La grève des mineurs de Nigadoo, les grèves étudiantes de l'Université St-Anne et l'Université de Moncton, ainsi que la défense des droits des francophones d'Acadie font beaucoup de bruit et Jackie Vautour est une figure importante et une voix forte des différents mouvements. Il est président du comité des citoyens de Claire Fontaine et dirige la résistance à la création du parc. Pierre Perreault y plante sa caméra ici et là.

Il ne bougera pas de chez lui.

En novembre 1976, un mandat d'éviction est émis, on l'expulse de sa maison, et on la démolit. Sa famille et lui seront logés dans un motel de Richibouctu, au frais du peuple gouvernement.  Un an plus tard, le gouvernement ferme les robinets et on expulse la famille du motel. Avec l'aide de gaz lacrymogène, car on résiste encore. Un an après, tout ce beau monde revient habiter là où ils avaient été délogés la première fois. Dans le parc en construction. La même année, 600 expropriés exigent de revenir vivre là où ils avaient été expulsés. Les affrontement entre la famille Vautour et la police seront nombreux. Le gouvernement lui offre 20 670 $, Vautour exige 150 000$ puisqu'il est maintenant prouvé que certains (anglophones, surtout) ont eu 200 000$ pour leur expropriation. On conteste en cours l'expropriation, mais on perd la cause. Toutefois, quand une émeute impliquant 200 résistants et une seconde quelques semaines plus tard, ont lieues, le gouvernement sera blâmé et tenu responsable des dégâts. devant au final débourser 1,6 millions de compensation aux expropriés.

Louis Robichaud affirme que les expropriés étaient heureux de l'être. Ce n'est pas vrai partout puisqu'on brûle aussi son effigie .

Le gouvernement ne lâchera pas les Vautour. On arrête Jackie, sa femme et deux de ses fils pour avoir fait leur métier pêché des coques dans le parc. Mais on conteste en cour et on gagne cette fois. Jackie et l'un de ses fils se battent pour faire reconnaître leurs droits ancestraux. Mais le gouvernement joue au con. On repousse jusqu'en 2002, puis, jusqu'en 2006. Épuisons le batailleur. Avec l'aide d'un avocat, il croit pouvoir prouver que les anciens habitants de Kouchibouguac sont Métis descendants à la fois des Micmacs et des Européens. Donc, qu'ils n'auraient donc jamais dû être expropriés dès le départ. Un recours collectif en ce sens est porté devant les tribunaux.

Depuis, la loi interdit d'exproprier quiconque afin de créer un parc.

La famille Vautour habite depuis 1978 une minuscule maison, secondée d'une roulotte devenue maison mobile dans le parc. Pour cette raison, le parc est développé au tiers seulement de ce qu'il aurait dû être.

Pour cette raison aussi, il est admiré autant qu'honni.

Le gouvernement considère leur présence comme une occupation illégale.

Jackie et Yvonne ont respectivement 88 et 84 ans. Ils sont increvables.

Une affiche bilingue, maladroitement orthographiée, accueille les visiteurs du parc en tout temps.

Les Vautours ont essuyé une autre rebuffade en mai dernier. Ils s'adresseront probablement en Cour Suprême.

Pas de danger que le fils du rat Trudeau ne lui fasse de cadeau.

Avons visité le fameux parc. Impossible de ne pas y voir un musée de gens exposant les photos de gens effacés du territoire.

Comme une compagnie qui y exposeraient les noms et les visages de gens limogés.

La fête du 15, comprenait Vivianne des Hay Babies, Joseph Edgar et Lisa Leblanc.

Mais pas Vautour.

Les vautours, les vrais, les Acadiens les connaissent depuis toujours.

samedi 19 août 2017

Syndromes de Stockholm & de Lima

1973.

Le syndrome de contagion émotionnelle existe depuis longtemps et est parfois appelé ainsi, parfois appelé identification à son/ses agresseurs.

En Suède, Jan-Erik Olsson a 32 ans. Parce qu'il fait de petites escroqueries. Libéré pour bonne conduite, il n'a pas vraiment l'intention de bien se conduire en société. Il a besoin d'argent. Et qui veut d'un homme de 32 ans avec un passé criminel? Il choisit de braquer une banque. La Kreditbanken de Norrmalmstorg à Stockholm.

Armé, muni d'une perruque et bruni du visage par du maquillage, il entre dans la banque, tire au plafond et crie "Que la fête commence!". Il prend en otage 4 employés. Trois femmes et un homme. Son objectif est bien d'avoir de l'argent (3 millions de Krona suédois) mais aussi de libérer son ami rencontré dans un centre de correction plus jeune, la superstar du crime suédois, Clark Olofsson. Plus dangereux et lui, toujours en tôle. Olsson avait tenté de le libérer à quelques reprises dans des projets d'évasions ratés, mais cette fois, il tient à ce que ça marche. On lui accorde la libération de Olofsson dès le premier jour et celui-ci vient le rejoindre à la banque. Avec les otages.

Ceux-ci ne sont pas brutalisés. Olsson tirera à maintes reprises sur les policiers autour de la banque. En blessant deux, un aux mains, l'autre au visage. Il parlera 2 fois au Premier Ministre  Olof Palme. On se tiendra tête pendant 6 jours. Pendant ce temps, à l'intérieur de la banque, otages et voyous se lient d'amitié. Au moins une femme et l'homme comprennent d'où sont issus ces deux crapules et les prennent en pitié. Au 6ème jour, la police fait une intervention au gaz et les deux ravisseurs promettent de se livrer aux autorités.
Mais l'homme séquestré et Kristin, une des otages, souhaitent que Olsson sorte en premier afin de bien voir qu'il sera bien traité.

Aucun des otages ne souhaitera témoigner contre eux en cours. Ils s'organiseront même pour que leurs frais de cours et d'avocats soient payés. Et prendront leur défense en privé. Kristin, aura même une idylle avec Jan-Erik. Bien entendu les deux criminels seront ramenés au bagne. Où les otages viendront régulièrement leur rendre visite.

Les psychologues étudieront le cas, les comportements, attentivement et ce que l'on qualifiait de phénomène d'identification à ses ravisseurs ou de contagion émotionnelle sera rebaptisé dans un rapport 5 ans plus tard comme "le syndrome de Stockholm".

L'un de ses cas les plus spectaculaire sera l'enlèvement de Patti Hearst, 19 ans, dès 1974, petite-fille du richissime magnat de la presse William Randolph Hearst. On découvrira qu'elle se lie amoureusement avec un de ses ravisseurs (Willie  Wolfe) et participera à des braquages de banque, dont un coûtera la vie à une innocente.

Le Syndrome de Lima est l'inverse.

En 1996, au Pérou, le mouvement révolutionnaire Tupac Amaru effectue une prise d'otage dans la résidence de l'ambassadeur du Japon. Dès le premiers jours, gagné par la bonne foi, les capteurs libèrent plusieurs otages, dont de très précieux, et très potentiellement payant. Incompétence? en partie. Les preneurs d'otages sont nettement influencés par l'attitude de leurs otages, excessivement zen dans la situation hors norme. Se prenant d'affection pour leurs otages et se laissant convaincre par leurs bonnes manières et leurs polies objections, les ravisseurs ont viré l'opération en franche amitié.

Au final, ceux qui devaient liquider les otages en cas d'intervention policière s'en sont trouvé incapables puisqu'ils allaient ainsi tuer des gens auxquels ils s'étaient maintenant attachés.

Syndrome de Lima.

Le 23 août prochain marquera le 44ème anniversaire du braquage de Jan-Erik Olsson à Stockholm.

vendredi 18 août 2017

Mère de l'Année

Andréanne a passé son enfance dans des combines de sa pauvre mère, Céline.

Céline avait essayé toute sorte de choses, mais son grand succès d'arnaque allait être la peur de la technologie. Et sa fille allait y contribuer grandement.

"Y a rien pour rien dans la vie. On l'aura pas facile, on va se débrouiller, fille!" disait Céline.

À l'aube de la multiplication des cellulaires, plusieurs gens, plus conservateurs, et apeurés par la technologie, se refusait à utiliser le téléphone portatif. Chaque midi, on les voyait sortir des restos du centre-ville et ils se rendaient aux cabines de téléphones payant dans les rues.

La stratégie allait comme suit: l'homme (idéalement pas la femme) se rendait à la cabine, composait un numéro de téléphone et en plein milieu de conversation, Andréanne s'infiltrait dans la cabine et appuyait calmement sur l'appui qui faisait raccrocher la ligne. L'homme, bien entendu, restait stupéfait, voyant qu'il s'agissait d'une enfant, modérait une frustration certaine, mais faisant tout de même connaître sa colère.
Intervenait alors Céline, arrivant en disant qu'il ne fallait s'en prendre à sa fille, qui n'était qu'une enfant et faisait mine de quitter les lieux avec elle. Elle revenait presqu'aussitôt vers l'homme pour lui dire que "ma fille m'a dit que vous l'aviez frappée!". La menace obligeait un échange d'invectives et d'objections. Mais en même temps, la simple rumeur de la chose effrayait encore plus le conservateur anti-téléphone portatif, qu'il finissait par choisir, parfois par lui-même, mais plus souvent après la ligne: "La police sera en route à moins que vous ne souhaitiez de nous offrir une compensation..." de sortir des billets. Certains payaient rapidement pour mettre un terme à tout ça, après qu'elle eût rajouté "Attention, elle peut aussi m'avoir dit que vous l'avez touchée à de drôles d'endroits...", la plupart traitait Céline de tous les noms, Andréanne avait entendu sa mère, rebaptisée de toute les façons possibles.

Grandissant, Andréanne se découvrirait une passion pour le théâtre à l'école. Son numéro d'enfant égarée dans les cabines téléphoniques deviendrait celui d'une jeune ado, mentalement attardée, égarée dans les cabines téléphoniques. Doublant la menace chez les victimes, la rumeur d'avoir frappé une mineure handicapée venant donner du poids aux montants payés pour les faire partir. Et augmentant la rage chez les victimes du chantage. Andréanne vivait très bien avec tout ça.

Et Andréanne était sensationnelle. Son numéro d'handicapée était fort convaincant. Céline sentait une chaude fierté s'emparer de sa poitrine quand elle la voyait baver comme un crapeau en direction de la cabine.

Toutefois, un jour, un homme, plus grand et plus carré que les autres, beau même,  ne les as pas traitées de tous les noms. Elles auraient dû comprendre tout de suite. Deux policiers tout près et une équipe de télévision se tenaient dans l'ombre. Il y aurait des reportages à la télé les montrant à l'oeuvre, Céline passerait en cour, Andréanne serait envoyée dans un centre de détention juvénile.

Céline s'étant trouvé un avocat, Rich, il lui paierait sa sortie de prison, pour discuter de l'incarcération d'Andréanne et lui paierait aussi plusieurs Cuba Libre et des vacances au soleil. Céline et Rich se referont une vie, Rich n'ayant jamais été avocat, un arnaqueur sachant toujours en flairer un autre. Ils étaient fait pour fourrer ensemble. Andréanne était bien encadrée là où elle était. Au centre.

Elle était assez grande pour se débrouiller toute seule, jugeait sa mère, maintenant exilée aux États-Unis avec son Rich.

Ayant atteint ses 16 ans, Andréanne était libérée du centre de réforme de délinquance juvénile. N'ayant rien oublié de ses passions d'actrice, elle se rendrait à New York, où les chances de percer sur scène, à la télé ou ailleurs seraient, selon elle, meilleures. Mais parlant peu anglais, elle perdit confiance en tout. Andréanne perdit même sa curiosité et son envie du monde extérieur. Elle n'était en fait plus capable du tout de communiquer avec quiconque. Dans cet état, il ne lui restait plus qu'une seule option: la religion.

Andréanne se trouva une place dans une congrégation religieuse pendant quelques années, Là où sa sociopathie était mieux acceptée. Ça a fonctionné un temps, mais là aussi, sa congrégation la poussait vers la sortie vers ses 24 ans. Elle se trouva un emploi d'employée de soutien, vadrouille constamment à la main, simplement pour gagner le plus petit des pains.

Après avoir suffisamment mangé de la vie,  Andréanne choisit alors de boire sa mort. Elle s'appliqua, avec discipline et un rare talent, à boire sans arrêt, à chaque repas, du fort comme du vin ou de la bière jusqu'à sa fin.

On l'a retrouvait maintenant sur le bord d'une autoroute des États-Unis, assise dans un tronçon d'herbes, attendant la mort, à la vue de toutes les voitures, voulant bien tendre un billet de 20$ au possible, à sa terrible condition de errance. Jeune fille de 25 ans, dans un corps de presque 52 maintenant. Andréanne sifflotait une chanson sans air.

"RICH! regarde-moi l'épave là-bas toi! Ralentit regarde ça vaut la peine, je pense qu'elle se parle toute seule!"
 
Rich et Céline passaient alors, en voiture.

"Cybole! 'est paqueté comme une polonaise! Ça fait réfléchir se ramasser dans un état...OH! regarde Céline! une police qui fait du radar!"

"Wow!"

"Si je ralentissais pas, Il m'en collait une, le tabarnak!"

"Tu vois? c'est grâce à la petite ivrogne là-bas que t'as ralenti! Y arrive rien pour rien!"

"Y existe un bon Dieu pour nous, Minou"



jeudi 17 août 2017

Blonde & Idiote Bassesse Inoubliable**************Born To Die de Lana Del Rey

Chaque mois (vers le milieu) je vous offre mes impressions sur un album tiré de ma collection.

Les 4 mots du titre de la chronique sont tirés de 4 albums dont je connais le contenu par coeur et dont chaque note et chaque mot fait parti de mon ADN.

Par ordre de création:

Blonde on Blonde de Bob Dylan
The Idiot d'Iggy Pop
Low de David Bowie
The Unforgettable Fire de U2

B.I.B.I. c'est moi. C'est aussi la terminaison du mot habibi qui veut dire "je t'aime" en dialecte irakien.

La musique est une maîtresse que j'aime.

2007.

Elizabeth ("Lizzie") Grant se prépare à enregistrer un premier disque. Elle se choisit comme pseudonyme Lana Del Ray. Mais de nombreux désaccords avec l'équipe travaillant autour d'elle font en sorte que tout est annulé, (bien qu'enregistré), et on rachète son contrat pour ne plus faire affaire avec elle. Lizzie a tout de la fille facile, mais ne l'est pas.

En 2011, elle reprend du service et change son nom pour Lana Del REy. Elle reprend les droits de ses morceaux, les retravaille avec Patrick Berger (Robyn), Jeff Bhasker (Kanye West, Jay-Z, Drake, Alicia Keys), Chris Braide (Natalie Bassingwaithe), Emile Haynie (Kanye West), Justin Parker (Sia), Rick Nowels (Celine Dion), Robopop (Gym Class Heroes, Maroon 5) et Al Shux (Jay Z. Alicia Keys).

Tous ses producteurs, tous ses artistes qu'ils ont produit, auraient dû me tenir très loin de Lana. Pourtant sa chanson Video Games vient me chercher. Et je ne suis aucunement gamer...
La dégaine lente et légèrement désoeuvrée, le clip formidable. Alors que l'album coûte moins de 10$ je me risque et achète l'album de la brune blondie. J'y trouve la blonde/brune des films de David Lynch. J'y trouve aussi la superficialité générationnelle. J'y trouve mon époque en Amérique. Un passée d'adolescent aussi.

Un décadence qui est parfois encore la mienne. J'achèterai aussi son second album. Parce que j'adore Marc Ribot (qui le produit) et parce que le premier extrait tiré de l'album me jette au sol. Lana Del Rey est une dealeuse de drogue. Ensorcelante. West Coast reste une des chansons (dans mon téléphone, playlist: Fun) qui me bouleverse encore le plus. Ne serais-ce que dans sa construction.

2011
BORN TO DIE de Lana Del Rey

La chanson titre ouvre l'album. Gangsta Nancy Sinatra, Lana nous offre une ballade presque cabaret, sombre, noire. Sa voix est plus souvent qu'autrement très basse. Elle soutient que lorsqu'elle chantait plus haut, personne ne la prenait au sérieux. La chanson est un hommage aux amours vraies et au gens qui vivent à fond dans la folie. Ça me gagne.

La seconde chanson est ma préférée de Del Rey. Freak show de dépendance inappropriée, la chanson passe par plusieurs niveaux de chants, ce qui me plait toujours quand c'est bien fait. On croirait même qu'une autre chanteuse s'y glisse. Elle marmonne comme une cheerleader désabusée certains passages, cite Nabokov en ouverture de Lolita, (titre qui reviendra),  et utilise le cloud rap avec la voix de Hypeman en arrière plan. J'y vois un film dans ce 5 minutes. C'est dire comment il m'inspire.

La chanson suivante emprunte un titre à mon artiste favori. C'est comme du ZZ Top en trip hop avec des twangs de surf guitar. C'était prévu comme un deuxième side de promo demo, mais ça pogne autant que Video Games, alors on a lancé le morceau tout seul aussi.

Ode à l'idée d'être ignorée et de la douleur sulfureuse et de s'accrocher à l'illusion du bonheur, Video Games offre une fatalité qui nous laisse croire que Lana se sourira jamais. J'aime les filles qui sourient peu. Leur sourire est toujours plus beau lorsqu'on réussi à les faire craquer,

Pour la chanson suivante, Lana se la chante dans son téléphone en marchant quand l'air lui naît en tête. C'est un Rhythm & n Blues mid-tempo dont le placotage murmuré offre à la fois une sensualité étrange, et à la fois l'impression que nous écoutons l'album d'une noyée. Del Rey se déclare elle-même, monstrueuse, phénoménale, capricieuse (freak).

Mise en scène dans un autre clip fabuleux, cette fois Lana est la brune des films de Lynch. Comme plusieurs de ses chansons, elle utilise une technique de rap croisée avec un beat hip hop, techno appuyée de lourde basse. Rien qui ne devrait me plaire, Et pourtant...

Le paradis noir semble être le seule que connaît Lara. Mélodrame gothique, on entend un ange déchu chanter sa déchéance.

Radio fait chanter Lana le mot Fucking avec une grâce rare. Et assure la chanson de ne jamais y passer (à la radio des États-Unis).

Carmen est une autre chanson parmi mes préférées de Lana Del Rey. Pour elle, c'est toutefois une cicatrice puisqu'elle y parle d'une manière hantée d'une femme travaillant les rues en y vendant son corps. Elle ne veut pas élaborer davantage sur la chose, mais elle prétend que cette chanson la fait souffrir, ce qui laisse croire que la Carmen de son titre est une Lana déguisée.

La chanson suivante offre le fantasme naïf de la recherche du confort multimilionnaire. Sa voix est une fumée sexuelle pleine d'âme, parfois morte ou hantée, nous gardant sur la pointe des pieds entre le couloir du désir et celui de la mort.

Il était inévitable que l'été ne pouvait qu'être triste pour cette gosse de riche. La chanson a été le 4ème single de l'album et a gagné une seconde vie quand un DJ français l'a largement remixée.

La chanson suivante documente la typiquement moderne fascination des adolescentes convaincues, à 16 ans, d'être devenues adultes. La chanson est chantée de la perspective d'une jeune fille de 16 ans. Chanson auto destructrice et on nage dans le superficiel profond avec ce morceau là. (Et l'erroné. les filles, même de 16 ans, ne sont pas toutes comme ça)


L'album aurait dû se terminer là, mais on offre trois bonus tracks. La première des trois "bonus", est une chanson qui me plait peu, entre autre parce qu'elle est très peu féministe. Elle n'est rien sans lui, troquerait sa fortune pour du linge, des voitures, elle laisserait tomber tous ses rêves pour lui...une laisse et du manger mou avec ça? On y fait aussi référence au Lolita de Nabokov.

Le morceau suivant est directement issu de la bouche de Lolita. J'ai de la difficulté avec la romance autour du personnage. C'était un personnage de 12 ans! Not my world.

Le dernier morceau évoque un morceau de Chicago de 1982. Le meilleur des trois bonus en ce qui me concerne. Aurait dû se trouver sur l'album.

Pour amateurs de musique trip hop, pop, rap aérien, d'intimité sombre, de musique aux parfums sexuels, de timbre féminin bas pouvant glisser dans le très haut. de décadence de jeune adulte, de sordide, d'arrangement somptueux sur ton funéraire, d'étés mélancoliques, d'échos intérressants, enfin pour amateur de textures baroques.

mercredi 16 août 2017

Elvis Presley

Elvis Aaron Presley naît le 8 janvier 1935. Il a un frère jumeau qui meurt presqu'aussitôt. Ceci rendra sa mère, Gladys, extraordinairement couveuse de son unique enfant restant. Vernon, son père, ne sera jamais très ambitieux.
Quand Vernon fraude sur un chèque sans fond, il est condamné à 8 mois de prison pour son geste. Gladys et Elvis, 3 ans, emménage dans la famille et maman se rapproche davantage du petit poupon.

À l'école primaire de Tulepo au Mississippi, Elvis est un élève moyen et il fréquente beaucoup l'église avec maman où il s'initie et prend goût au gospel. À 10 ans, il chante une première fois devant public, habillé en Cowboy, une chanson qu'il réenregistrera plus tard. Ses parents lui offriront une guitare le Noël suivant, alors qu'il aurait préféré un vélo ou une carabine.

Il est fasciné par la musique du frère d'un collègue de classe. Il a 13 ans quand la famille déménage à Memphis. Il est timide, plutôt solitaire, il a pris des cours de guitare et en joue sur l'heure du midi, ce qui le rend la risée de autres garçons de son âge. Probablement jaloux de l'impact qu'il a sur les filles.

Au secondaire toutefois, il obtient un solide C en musique. Son enseignant est sans pitié: Elvis n'a aucune aptitude pour chanter, c'est certain. Il est vite compris comme un fils-à-maman et on se moque de lui assez facilement. Il se laisse pousser les favoris, mais surtout se crème lourdement les cheveux à la vaseline et à l'huile de rose. Dans ses temps libre, il explore la scène blues et est constamment exposé à la musique noire. En effet, sa famille réside dans un quartier principalement peuplé de noir. À 18 ans, il combat sa timidité, alors que la plupart ignore complètement qu'il chante, il monte sur scène et épate tout le monde. Surtout mesdames.

Elvis fréquente les magasins de musique beaucoup, s'intéresse au country énormément, au gospel et au spiritual music. Elvis sait maintenant qu'il voudra vivre de la musique.

Il se paie une session d'enregistrement dans le but de se faire découvrir (il prétendra que c'était pour offrir un cadeau à sa mère). Il retourne l'année suivante produire une autre acétate chez Sun Records, à nouveau peu d'écho. Il commence à travailler comme conducteur de camion, faute de mieux.

Sam Phillips, patron de chez Sun, cherche une artiste qui attirerait un plus large auditoire, avec tout le charme et le talent des noirs qui sont les principaux artistes de chez Sun. Il fait venir le jeune Presley et lui propose un morceau auquel Elvis ne rend pas justice.
Il insiste et lui dit de chanter tout ce qui lui passe par la tête. Il est suffisamment impressionné pour le ramener en studio avec Scotty Moore (à la guitare) et Bill Black (à la basse).
Le 5 juillet 1954, la chimie du trio ne fonctionne pas vraiment. Jusqu'à ce qu'Elvis choisissent de jouer un vieux hit de 1946, dans lequel les deux autres embarquent. Il se déhanche et chante comme il le fera des centaines et des centaines de fois dans le futur. Tout le monde s'amuse. Surtout Phillips qui entend tout ça et urge qu'on enregistre le morceau. C'était le son qu'il recherchait. On les fait enregistrer un autre morceau tout de suite.
On les fait monter sur scène et Elvis, à la fois pour chasser la nervosité que pour marquer le rythme, se dandine les jambes, ce qui fait hurler les femmes de la foule hystériquement. On ajoute le batteur D.J.Fontana et le quatuor apporte une nouvelle dynamique musicale encore jamais entendue. Le rock'n roll naît. Le colonel Tom Parker, un important promoteur musical qui a très bien fait auprès d'Eddie Arnold, le remarque et se greffe à lui. Il booke Presley dans la tournée d'un autre de ses artistes.

Elvis Presley, Scotty & Bill ont lancé une dizaine de morceaux et l'effet est toujours monstre auprès du public, mais pas tant auprès des critiques qui le surnomment le roi du Western Bop, le Hillbily Cat ou le Memphis Flash. Ça ne durera pas pensent-ils. En spectacle, surtout après, la sécurité d'Elvis est mise en cause. Des garçons (jaloux) veulent lui faire un mauvais parti pour l'état dans lequel Elvis met leurs copines. Parker est habile. Il rachète le contrat de Phillips (pour 40 000$) et Elvis devient un artiste de RCA music.

On entre en studio, on rajoute au quartet, Chet Atkins à la guitare et Floyd Cramer au piano. On ajoute aussi  trois ténors dont Gordon Stocker de la formation les Jordanaires aux arrangements de voix. Son premier grand hit jette tout le monde à terre. C'est une ballade? un rock? C'est tout simplement formidable.

Les curés s'énervent, c'est la musique du diable. Ed Sullivan n'en voudra pas parce que son show est "familial", Steve Allen le montrera, mais tentera de le faire mal paraître (sans succès). Elvis se prête à tous les jeux, il veut être aimé. Il sera vainqueur partout. Allen attire les plus grosses côtes d'écoute de son histoire, Tout le monde bookera ensuite Elvis the Pelvis. On le filmera de très près afin de ne pas montrer ses jambes trop sexuelles. Ed Sullivan le bookera malgré tout pour un sans précédent 50 000$. 60 millions de téléspectateurs le regardent et l'écoutent. Un autre record. 82% du peuple des États-Unis est devant son écran ce soir-là. Son single suivant se vendra un million de fois avant même sa sortie (en pré-commande). Elvis amène le rock'n roll dans la culture populaire et détrône Glenn Miller et Frank Sinatra. Il est le King. Le restera.

On le lance dans le cinéma. Ses films seront toujours les plus terribles, mais feront toujours fortune. La musique y sera parfois magique et tout les films ne seront que prétextes à mettre la musique en valeur. Le 4 décembre 1956, chez Sun Records, qui n'a plus les droits sur la musique du King, Carl Perkins, Jerry Lee Lewis et Elvis jamment ensemble et Sam Phillips s'assure d'enregistrer. Johnny Cash s'y rajoute le temps d'une photo, mais ne jamme pas vraiment avec les autres. Rien en sera publié avant la mort du King. Elvis vaut 22 millions à la fin de 1956.

Le jour de ses 22 ans, Elvis est classé 1-A, donc on exige de lui un service militaire. Avant de partir faire son service militaire il laisse trois singles qui font tous mouche. Elvis achète alors pour lui et sa famille un domaine à Memphis de 18 acres qu'il appellera Graceland. Pour le tournage de Loving You on lui suggère de teindre ses cheveux en permanence noir, ce qui fait ressortir ses yeux. Ça ne le quittera plus.

Les spectacles où se donne Elvis deviennent dangereux. Les gens y développent des comportements démesurés. Elvis lance un album de Noël que j'entendrai toute mon enfance.

En mars 1958, il part faire son service militaire et insiste pour être traité comme tout le monde. Ce qu'il ne sera évidemment pas. Elvis est convaincu que sa carrière est terminée. Pendant ce temps, sa mère a des problèmes de santé. Elle décède rapidement en août. Elle avait 46 ans. Elvis est anéanti.

Il retourne faire son service militaire et y fera la rencontre d'une jeune fille de 14 ans qui changera sa vie quelque peu. Elvis est relâché de l'armée en 1960. Il revient en force avec un #1 (peut-être adressé inconsciemment à Priscilla). Il reste le king encore quelques mois avec de solides morceaux.

Frank Sinatra, en parfaite petite pute, lui qui avait condamné non seulement le rock'n roll en soi, mais Elvis en particulier, l'invite dans un show télé. Pour 8 minutes de chant, le King touchera 125 000$.

Dans les années 60, il laisse tomber pendant 7 ans les tournées et se concentre surtout sur les (mauvais) films. Comme Madonna, bien des années plus tard, si sa musique est courue, son talent d'acteur est affreusement risible.

Vers 1967, Elvis est maintenant perçu comme ringard et on se moque pas mal de lui. Lisa Marie naît en 1968, année où on concoctera un comeback special légendaire. C'est reçu comme si Jésus était revenu sur terre.
Les groupes britanniques, Beatles et Rolling Stones en tête, on pris d'assaut le monde pop et sur la côte ouest des États-Unis ce sont les Doors, les Byrds, les Beach Boys et le mouvement hippie. Elvis s'est toujours inscrit en faux par rapport à eux qu'il ridiculise en privé. En 1969, il obtient son dernier grand vrai hit.

Mais c'est Elvis qui glissera peu à peu dans le ridicule. Son mariage avec Priscilla ne fonctionne tout simplement pas. Ils resteront presque toujours étrangers l'un pour l'autre. Elvis engraisse beaucoup et se transforme en chanteur de Las Vegas de moins en moins rock'n roll ou blues.  Il se costume d'un jumper risible sur scène. Il rencontre en privé Richard Nixon, président des États-Unis, à qui il fait part de son patriotisme, de son mépris des hippies, de sa haine des drogue. En février 1972, j'ai 19 jours quand Elvis & Priscilla se séparent. Priscilla lui avoue avoir une liaison avec son instructeur de karaté. Elvis la viole sur le champs en lui disant ensuite "c'est comme ça qu'on fait l'amour à une femme". Ils divorceront en août.

Elvis devient dépendant aux amphétamines.Sur scène il devient grotesque. David Bowie lui écrit un morceau en 1976, il le rejette, horrifié car cet artiste (l'homme davantage) le répugne. Elvis limoge trois des gardes du corps car ils confessent un peu trop des secrets du king. Sur sa consommation de drogue entre autre.

Il est retrouvé mort dans sa salle de bain, à l'âge de 42 ans, d'une probable crise cardiaque. Il souffrait de glaucome, de haute-pression, de sérieux dommages au foie, de colectasie. Ses nombreuses migraines, une possible cardiomyopathie et sa surconsommation de drogue le tuent. 

Il aura eu le temps de changer le monde à sa manière.
De changer notre monde à sa manière.

Elvis, qui aura révolutionné l'univers de la musique à jamais, est décédé aujourd'hui, il y a 40 ans.